JOURNAL

L’ ALIENATION MENTALE

LA MEDECINE LEGALE DES ALIENES,

ANNALES

MEDICO-PSYGHOLOGIQUES

JOUKBAL LSSTfflE A RICMLIR TODS LSS DOCOMENTS

RELATIFS A

L’ ALIENATION MENTALE

ADX NEVROSES

£T A LA MtDECINE LEGALE DES ALlfeN^S

BAI LLARG ER

lUdecin de la Salp&tri&re, mcmbre dc I'Acaddmie de mddecina ;

LUNIER

lnspecteur general du Service des ali<?nAs et du service sanitaire des prisons de France.

- -££0 i\

IRMLIS llEDff-PSMpittiS.

JOI ltWI. j

L’ALIENATION MENTALE

LA MEDECINE LEGALE DES ALIEN ES.

PATHOLOGIE.

CLINIQUE ORGANO-PSYCHIQUE

SURTOUT PSYCHOLOGIQUE

DES

INSAMTES rPiCURSIVES DE lafolie<4>

par le Dr J. FOURNET

£tat de la question.

11 existe incontestablement un 4tat meDtal dans lequel les malades ont la conscience plus ou moins nelte du ca- ractere morbide de leurs conceptions et de leurs actes , la repulsion morale plus ou moins vive des idees et des impulsions qui les assaillent, unies a l’impuissance reelle ou pretendue de leur resister.

C’est un mode, un degr6 de cet etat mental plus 6tendu, que nous avons etudie en 1 866 sous le nom de folie rai-

(!) Les fragments que nous publions sous ce titre font parlie cl’un ouvrage que M . Fournet va publier prochainement. 11s ont 616 lusala Socidld mdilico-psychoiogique dans 1a sdance du 1 5 novembre 1 869. (Note de la Redaction.)

d CLINIQUE OBGANO-PSYCHIQUE, SURTOUT PSYCHOLOGIQUE

sonnante; nom aussi peu scientifique que pratique, car il enferme dans la mdme designation la presence et l’unite contradictoires de la raison et de la folie. Ce mode parti- culier de la pretendue folie raisonnante, M. J. Falret 1’a traite ici sous le nom de folie consciente, aussi con- tradicloire que le nom de folie raisonnante.

La connaissance un peu precise du fait de la conserva¬ tion de la conscience et de la faculte de raisonner dans certains dials d’insanild, ne date que de notre temps. Pinel a ouvert la voieen 1809. Esquirol l’a suivie et agrandie en 1838. L’Anglais Pritchard l’a ddveloppde encore et prdcisee en 1848. Depuis lors, cette portion de la clinique mentale a ete cultiy.ee par beaucoup d’alienistes; mais on s’esl borne a recueillir des faits. La multitude des noms dispa¬ rates sous lesquels on a cherche a classer ces faits, et les opinions contradictoires qu’on a emises a leur sujet, ne prouvent que trop l’abssnce de science serieuse dans cette portion de la clinique mentale.

II etait naturel que 1’etude et la science des etats les plus tranches de la folie, precedassent celles de ses etats rudi- mentaires. C’est la marche de la connaissance en tout ; elle remonte le cours des choses. Mais si l’on n’a pu s’dlever encore a la science, c?est-a-dire an principe pathogeniquede cet dlat mental, on a au moins senti l’importance el j’ajoiite, la condition de la decouverte : « l’etude clinique de la folie raisonnante est le progres le plus important a accom- plir >? (1), a-t-on dit avec raison. C’est en eflfet a ces regions initiales de la folie, a cette periode de transition de la sa- nite a l’insanite, qu’il est possible de saisir la veritable nature de 1’aCfecLion. C’est le moment de s’elever aux principes par le deroulement de la patbogenie. Les choses se simplifient et se clarifient pres de leur source;

C’est par la que je crois dtra arrive au vrai principe de

(4) Annales medico-psychologiques, de mai 1866, p. 416.

DES INSANITES PRECURSIVES DE LA FOLIE.

l’alienisme en general et a la vraie doctrine de ce que I’on appelle la folie consciente et raisonnante.

Ces deux maladies mentales lie sont, comme on le verra, que deux modes d’un fond commuu, que deuxdegresde l’alienation du libre arbitre, qui s’eclairent et se revelent sans cessel’un l’autre. Nous ne.devons done pas lesseparer, surtout dans une etude clinique qui a pour but la deter¬ mination de leur nature.

iCet etat mental est-il bien la folie? quelle est sa patho- genie? quel est sou vrai rang dans la science? quelle doit 6tre a sou egard la pratique medico -legale ? la medecine mentale a-t-elle des esperances et des moyens particuliers a cet etat ? queile e.st la boussole capable de nous djriger dans ces recberches ?

Je crains bien que M. J. Falret, en donnant a cet etat mental le litre de folie, ne se sojt fait a lui-m^me, comme on s’etait fait par le tilre de folie raisonnante, un prejjuge aussi defavorable a l’examen scientjfique qu’a la solution pratique de la question, be nom qu’on donne aux choses, en efifet, quand il est aussi caracteristique, presuppose un jugement sur la nature de la chose, et fait a l’esprit une penle logique d’autant plus glissante vers ,les conse¬ quences decenom, que e’est l’observateur lui-mdmequi a fail cette pente et prepare ces consequences, en donnant ce nom a la chose.

Je n'ai done pas ete etonne de voir notre collegue, en- traine par ce prejuge ancien de folie raisonnante et ce prdjuge nouveau de folie consciente, supposer resolu preci- sement ce qui est en question et conclure, de son opinion plutot que d’une analyse clinique des fails, a l’irresponsabi- lite absolue et a I'internemeut d’ofTice de cette classe de malades, comme il i’eut fait pour des fous avdres. Les notes textuelles que j'ai recueillies pendant son discours me fournissent un texte precis de discussion de ses idees.

L’analyse clinique ne peut fournir de conclusion legitime

8 CLINIQUE ORGANO-PSTCHIQUE, SURTOUT PSTCHOLOG'QUE

que par an principe sir de distinction entre la raison et: la folie, qui serve de boussole et de criterinm dans cette analyse des faits. Or, noire collfegue fait, reposer sa doc¬ trine de folie consciente, comme autrefois sa doctrine de folie raisonnante, sur « l’absence de caractere distinctif absolu entre la raison et la folie. » Ce sont ses expressions. On le voit, c’est l’absence de principe et par consequent de boussole.

Gependant Vetat de folie consciente ne saurait fetre l etat de raison. Le bon sens, initialeur de la science, s’y refuse absolument. 11 fallait done quelque moyen de separer, de distinguer cesdeux etatsdansla science etdans la pratique.

II en est trois, nous dit M. J. Falret :

« L’abolition du libre arbitre.

» L’abolition de la conscience.

» Les differences d’avec soi-mdme. »

M. J. Falret rejetait autrefois « le libre arbitre comme caractbre inaccep table, m&meen thdorie, et inutile en prati¬ que (I). » Son criteriun de la folie, sa raison absolue, juge de tout etat morbide, etait alors «la raison commune, 1’idee re- gnante. » « C’est dans la compraisond’unevie avec la raison commune, avec les ideesregnantes de son temps, que reside le criterium fondamental de la raison et de la folie (1 ) . »

Et notre collegue nous dit aujourd’hui que « le caractere le plus constant, le plus ineffacable de la folie (je cite tex- tuellement) est la perte du libre arbitre, est ce que M. Fournet appelle la depossession de soi. » Quant au caractere dis¬ tinctif de la folie consciente d’avec la folie ordinaire, il est Ik que: « le fou ordinaire est absolument inconscient de sa folie, et se cfoit sain d’esprit, tandis que le fou con- scient apprecie tres-bien le caractere morbide de son etat. »

Voila done M. Falret reconquis, quoique non encore

(1) Annales midico-psychologiques, de mai 1866, p. 387. (8) Annales medico-psycMogiques, de mai 1866, p. 393.

DES INSANITfcS PHECCRSmS DE LA FOLIE. 9

pleinement asssimile, indentifie a ce grand et unique prin¬ cipe de distinclion entre la raison et la folie, le libre arbitre, que jedefendais a pen presseul dans lesgrandes discussions de 1864, 1866 et 1867. Un changement aussi radical nous est la preuve que le troisieme moyen de diagnostic qu’on nous offre, « les differences d’avec soi-m6me, » peut etre aussi un signe de progres scientifique. Je serais heureux d’dtre pour quelque chose dans ce retour au vrai principe de l’alidnisme, c'est-a-dire au caractere essenliellement psychique de la raison et dela folie ; mais le plus veritable auteur de ce changement, c’est l’esprit de verite que nous honorons tous chez notre collegue.

Mais on n’arrive que pas a pas k la pleine evidence et a Fen- tiere application d’un grand principe. M. Falret, comme on vient de le voir, fait deux choses distinctes de la conscience et du libre arbitre. II les concoit mdmc nettement comme deux termes opposes, chez le fou conscient, sous les noms de conscience et de volonte ; pour lui, le libre arbitre con- sistedansla volonte, et dans la volonte seule.

C’est, je crois, cette fausse notion qui le retient dans le double prejuge d’une folie raisonnante, d’une folie conscienle, et qui l’egare dans ses consequences scientifiques et prati¬ ques, medico- legates par exemple. Ce prejuge, cette notion et leurs consequences, sont ceux de bien d’aulres alienistes; il importe done de bien nous fixer sur le veritable caractere du libre-arbitre, e’est-i-dire sur le principe qui va eclairer nos analyses cliniques des faits, dans notre etude scienti¬ fique et pratique de la question.

Je me bornerai pour cela a rappeler, dans le moins de mots possible, les principes d’alienisme que j’ai demontres et exposes ailleurs (1). II me fallait bien constituer alors, il me faut bien prendre avec nous aujourd’hui, avant d’en- trer en clinique, la boussole qui va nousy diriger.

(1) Libert^, respousabilitd et pdnalitd. Doctrine organo- psychique de la folie. Annales mdd. -psych, de 1864 et 1867.

10 CLINIQUE ORGAKO-PS YCHIQUE, BCRTOUT PSYCHOLOGIQUE

II

BOUSSOLE.

Tout en placantla cause im mediate, l’essence de la raison, et par consequent aussi de l’insanite et de la folie, dans 1’dtre psychique, dans le degre de son libre arbitre, dans le degre de sa puissance morale et de son gouvernement de soi-m&me et de ses actes, vous savez; messieurs, que je fais a notre organisms corporel une grande part dans l’etat de notre ilre psychique et dans le degre de resistance de notre puissance morale.

Get ensemble compose la doctrine organo-psychique.

Le systeme des sens, qui plonge dans le monde exterieur et en rapporte des sensations ; le systeme nerveux, qui plonge dans notre propre corps et en rapporte des sentiments plus ou moins passionnes; le.cerveau, charge de ramener ces sensations et ces sentiments a l’etat d’idies et de prin- cipes qui sont la substance constitutive de rime ; le cerveau encore, au titre de formulateur de la pensee, et le systeme nerveux des expressions charge de manifester cette pensee au dehors, oat evidemment, necessairement, nne grande influence sur la constitution saine ou insaine de l’esprit, sur la sanite ou l’insanite de ses conceptions, de ses paroles et de ses actes. Cette sanite et cette insanite se constituent des idees vraies ou fausses que nous nous formons de la nature des personnes et des choses, des formulations et des expressions tidfeles ou infijeles que nous donnons k nos pensees ; et tout cela depend en partie de l’etat d'apogee, ou d-’avortement, ou de degradation iporbide du systeme nerveux sur l’echelle de sa vitalite.

L’ame humaine, de son cote, est un etre veritable, en- gendre parl’educatioD, comme l’dtre organique par la gene¬ ration ; cet etre, comme tout ce qui a vie, se developpe le long d’une echelle qui va de l’enfance a la virilite morale, c’est-a-dire des sensihilites initiales de la conscience aux

MSS INSANITIES PRECDRSIVES DE LA EOLIE. 11

contractilites souveraines de la volonte. Cette virilite mo¬ rale, c’est l’etat depleiae raison; c’est-a-dire le concours et l’unite des sensibilites et des contractilites de l’etre moral. La normale est dans la plenitude de ce concours, car le moi dans lequel cet etre s’afiirma, le moi se constate dans les sensibilites de la conscience, aussi bien que dans les contractions de la volonte.

Le Lbre arbitre est cet 6tre moral, ce moi lui-mdme en action ; c’est la vie, Factivite dont notre dire moral est la source, en evolution progressive du consciens au potens sui. Le libre arbitre eSt done composd de tous les caracteres de rdcbelle morale : il entre et rentre en scene par la conscience qui est le primum vivens, Yultimum moriens et le primum renascens; il se deploie, en descendant ou en remontant le cours de la logique, dans l’intelligence et le raisonnement, et aboutit a un jugement secret ou patent; enOn, il se cou- ronnedansla volonte, suscitatrice des autres facultes et exe- cutrice des jugements. Le libre arbitre dans sa plenitude, c’est-a-dire la parfaite sanite morale, c’est la pleine sensi¬ bility et la pleine disposition de soi, la domination souve- raine de ses sensations, de ses sentiments, de ses instincts, de ses idees, sous l’autorite des principes de verite et de justice. Hors le cas de conservation instinctive, l’ame virile ne permet ii aucune impression de prendre corps dans la parole.ou dans Taction, sans son jugement et son assenti- ment prealables.

Mais le libre arbitre, comme Fetre dout il est la vie, peut avorter ou se degrader a tous les degres de son dchelle ; c’est la longue chaine desinsanites el des folies, des impos- sessions et des depossessions, depuis les premieres lueurs vacillantes de la conscience qui parait dans 1’enfance morale, jusqu’aux dernidres lueurs fugitives de la conscience qui s’abiine dans la ddmence. La vie morale, c’est-a-dire ici le libre arbitre, se retire de Fame comme la vie organique se retire du corps, en sens inverse de sa venue.

12 CLINIQUE ORGANO-PSYCBIQUB, SURTOUT PSYCHOLOGTQUE

Cette relraite de la vie morale, cet effiicement progressif du libre arbitre aboulit 4 1'usurpalioa des sensations, des instincts, des sentiments, des idees,' sur l’autorite et le gou- vernement legitimes du moi. Les degres de cette usurpation mesurent les degres de l’insanite. La depossession complete, l’alienation enti&re du libre arbitre, poussees jusqu’a 1’in- conscience de la morbidite de la conception et de l’action, constituent seules la vraie folie et le triste droit a l'irrespon- sabililS absolue.

II n'est pas un des points de cette dchelle d’avortements oude degradations del’filre psychique, du sysleme nerveux son organe special, et du libre-arbitre signe et mesure de sa vie, il n’est pas un de ces traits, dis-je, que la clinique mentale ne puisse reconnaitre et apprecier, si elle s’eclaire de la vraie psychologie, comme la clinique organique s’e¬ claire de la physiologie.

La nature humaine commune au corps et k l’&me, in- carnee dans l’un, personnifiee dans l'autre, est le lien de leur concours, mais aussi de leur solidarity, dans la mor- bide comme dans la normale : les conceptions, la constitu¬ tion mSme de l’4me sont compromises par les idees fausses que lui transmet un systeme nerveux malade ou defectueux; la fonction et meme la constitution nerveuse sont compro¬ mises a leur tour par les modifications de nutrition et de texture cerebrales qu’amene a la longue une psychologie morbide. Mais ce n’est la que la periode ultime, la. periode de relentissement organique de la folie. « Dans son 4tat type (c'est-4-dire dans sa periode initiate), la folie ne laisse aprfes elle aucune alteration cerebrale appreciable. Les auteurs les plus convaincus de l’importance des rechercbes anatomiques sont obliges de l’avouer (1). »

L’essence de la raison et de la folie rSside done dans I’etat de l’4me et de sa puissance morale. L’etat du cerveau

(i) Baillarger, notes sur son edit, de Gricsinger, p. 8.

DBS INSANITIES PBECUUSIVES DE LA FOLIE. 13

peut etre cause, mais cause indirecte ou complication seu- lement, de l’insanite et de la folie. C’est pour cela que l’animal n’a que le delire cerebral , et que 1’homme seul, qui seul a le mens, qui seul est appele a la raison des choses, est seul capable du delire mental.

C'est done dans la partexacte faite a chacune de ces deux sources de l’insanite ou de la folie, qu’est Tart difficile de la clinique mentale. C’est la qu’est le neeud gordien de la vie, c'est la aussi qu’est. V Empire ; car c’est de cette analyse organo-psychique seulernent que peuvent sortir la vdrite de la science et l’autoritede la pratique.

Dans les analyses cliniques auxquelles nous allons nous livrer, ayons done toujours presente a Tesprit la loi des rapports hierarchiques : des choses exttirieures avec la persohne, de la chair avec l’esprit; dans le sein rneme de l’&me, des id6esavec les principes; et dans l’univers, de l’homme avec la virile ; en un mot, ne perdons jamais de vue les deux termes en presence, et la predestination de l’empire du superieur sur son inferieur hierarchique. Por- tons parlout cette lumiere : que tout ce , qui renverse ces rapports, cette normale, produit une insanity et peut con¬ duce a la folie par la permanence et la violence de ce ren- versement de l’ordre. C’est la le grand principe, it la lumiere duquel tout se simplifie et s’eclaircit dans la clinique men¬ tale. Sa logique est le fil d’Ariane ; sans lui, sans elle, la clinique et la pathologie mentales ne sont qu’un dedale de fails sans lien ni sens.

Lavraie clinique ne con siste pas plus dans les faits que la digestion ne consiste dans l’aliment. La vraie clinique consiste & tirer de ces faits le chyle de la science et de la pratique, et c’est ce qu’elle ne peut faire que par un prin¬ cipe capable de les juger.

H CLINIQUE OHGANO-ESYCHIQUE , SUHTOUT ES Y CHOLOGIQUE

III

CLINIQUE.

Dejh cette boussole spiritualiste, en retablissant nette- ment le vis-a-vis du sujet etde l’objet, de la lentation et du tente, nous induit a une etiologie feconde, a une classifica¬ tion naturelle des faits, k un ordre r6gu!ier dans l’etude des sympl&mes, etfait deja, par celamfime, un certain jour dans la matiere.

Les causes attentatrices au libre arbitre et par consequent a la raison, sont de deux ordres : Les unes diminuent la force de resistance de I’ame aux diverses tentatives d’ usur¬ pation. Nous trouvons 1& : Pheredite organique morbide qui altere les idees dans leur source, c’est-a-dire dans la sensa¬ tion ; la mauvaise education : ou bien l’education denuee d’idees et de principes ; oul’education source directe d'idees fausses et de faux principes ; nous y trouvons encore l'incul- ture, qui conduit a l’ignorance, a l’inanition de l’esprit ; et enfiu les chagrins et les exces qui dnervent l'ame. Les secondes causes attentatrices au libre arbitre sont celles qui accroissent les puissances usurpatriees. Nous trouvons la : toutes les exagerations de sensations, de sentiments, d’idees, de pretentions, qui viennent de notre milieu, ou de nous-memes sous le nom de passions de l’ame et du corps, et dont les sources ordinaires sont une heredite morbide ou une exaltation permanente ou circonstancielle.

Nous avous dejh la uu moyen simple et clair de faire quelque ordre dansle chaos des faits* de lapathologie men- tale, et en particulier dans le labyrinthe des faits de la question qui nous est soumise.

Mais la serie des evolutions, soit progressives, soit re- gressives, que je vous ai presentees comme caracteres nor- maux ou morbides de la vie morale, les caracteres et les degres que j’ai etablis dans le libre arbitre bumain, nous fournissent un ordre tout fait pour la symptomatologie et

rid Insanites nutcrmstVES bi tA folie. 45 son dtude. C’est 1’ychelle descendante : des divers degres de la volonte traduite en attention ouen actes; des divers degres de precision dn jugement qui conclut, du raisonnement qui marche a la conclusion, de 1 ’intelligence qui eclaire cette marche, de Id memoire et &&Y imagination qui en fournissent les Elements plus oU moins exacts; enfin, au has de cette echelle regressive, ce sont les divers degres de la conscience, c’est-4-dire de cette intitne sensibility qui fait le moi pre¬ sent a tout, et hors de laquelle la personnalite et avec elle toute morality s’evanouissent. II n’est pas un des faits, pas un des phynomfenes de la clinique mentale qui n’ait sa place naturelle dans cet ordre, et son rang sur cette ycnelie.

On convient qu’ « ii est rare que les malades atteints de folie consciente et raisonnante se trouvent dans les asiles d’aliehes (4). » La clinique des insanites precursives de la folie n’est done pas seulement dans les asiles; elle est plus nombreuse, plus variee, plus sure et plus feconde dan? le monde, ou les insanites de tout genre se devoilent tien mieux dans leurs sources, et se deploient bien plus libre- ment dans leurs allures et par consequent dansleur syrndio- logie et leur marche. C’est a ce point de vue qu’on peut dire, mais en restant, comme je le fais, dans la limite de l’insanite, que le monde est un vasle Charenton. Dans les asiles, l’irritation des malades contre les personnes qui ont concouru' k leur internement, leur revolte intyrieure contre ce fait incessant et contre la mydecine qui semble y ppysider, la dissimulation ou les pousse le desir de sortir, compliquent, obcurcissent le probleme, et altereni souvent le compte rendu de ces malades.

Le face-a-face clinique du sujet avec les diverses causes qni usurpent sur son libre arbitre, conduit h une division naturelle des faits On quatre classes : le cas ou ces causes

(4) Annales midico-'pSychologiqiies , de mai 4866, p. 446.

46 CLINIQUE 0RGAN0-PSYGHIQ0E, SURTOUT PSYCHOLOGIQUE

d’insanite vienaent de son milieu ; le cas oil elles viennent du sein de son Atre organique ; le cas ou elles viennent de l’4me meme ; le cas enfin ou elles precedent a la fois, et de la force des puissances exterieures et diverses qui attaquent, et de la faiblesse de la puissance morale chargee de resister k ces tentatives d’usurpation sur son empire. Aprfes les fails individuels de chacune de ces quatre classes, j’examinerai, du mSme point de vue organo-psychique, les caractbres g4n6raux communs a ces insanites speciales. Bien entendu qu’il n'y arien d’absoludans ces divisions.

1* Tentatives ou tentations venues du milieu exterieur.

Ces causes de trouble mental, d’insanite momentanee ou persistante, viennent des personnes ou des choses.

11 est des personnes qui exercent sur d’autres une singultere puissance de trouble, d’intimidation et de para- lysie. Les personnes ainsi fascinees se sentent comme en- trainees hors d’elles-memes et comme enchainees a la do¬ mination de la volonle qui les regarde. Leur intelligence s’obscurcit, leur jugement hesite, leur raisonnement s’em- brouille, leur memoire s'eclipse, leur volonte d6faille ; il ne leur reste guere que la conscience de la nuit, du chaos qui se fait en elles et de l’empire etrange qu’elles subissent.

« Je le vis, je rougis, je pstlis a sa vue ;

« Un trouble s’eieva dans mon ame dperdue. »

( Phidre de Racine.)

C’est la loi des rapports de toutes les puissances de ce has monde, des puissances de tousles ordres, misesen presence par la vie : des puissances physiques, organiques, morales; c’est la loi du plus fort, c’est-a-dire du superieur. Aprbs une oscillation , des essais , ou des luttes de quelques moments ou de quel que temps, elles prennentleur 6quilibre relatif, c’est 4-dire leur rang liierarchique.

On sentira mieux dans les personnes que dans les choses, cette loi liierarchique de deux termesen presence ; on saisira

DES INSANITES PRECURSIVES DE LA FOIAE. 17

mieux, dans ce vif de la personnalite visible, cette longue chaine des rapports du moi avec les objets exterieurs, du moi avec les passions, avec les instincts de la chair, du moi avec ses propres idees, du moi avec ses principes d’erreur ou de verite. La loi hierarchique est le nceud de ces rapports ; la clinique mentale bien comprise en est le deroulement ; la psychologie et la psychialrie en sontla science.

Tout Stre a son autonomie & defendre contre tout '6tre outoute influence de son milieu. C’est ii plus forte raison le devoir de l’/ime au milieu des influences qui l’assidgent. La vie, 4 tous ses degres, n’est pas autre chose que cette lutte incessante de tout 6tre, pour prendre et conserver le rang qui lui est assign^ par sa nature, par son espece. Mal¬ heur a celui qui se laisse deposseder de ce rang par les avortements ou les degradations de sa vie ! La vie orga- nique est k cet dgard Tenseignementvivant delavie morale : les indispositions et les maladies y correspondent aux insa- nites de divers degres ; et la mort, ou ddpossession complete du principe vital de son empire sur les organes et sur l’or- ganisme, y correspond a la folie, a la mort morale, k la depossession complete du moi de son empire sur ses con¬ ceptions et sur ses actes, sur ses facultes et sur sa vie.

Le prestige de la scene dramatique, manie par les grands acteurs, ne va-t-il pas quelquefois jusqu’a cette depossession presque complete du moi, que nous decorous du nom d’il- lusion? Ici,.la yolonte se pr&te il est vrai, se voue m&me d’avance a l’illusion ; mais remarquez, je vous prie, que ce degre d’illusion, c’est-a-dire d’eclipse plus ou moins complete du moi, qui fait qu’on ne sent, qu’on nejuge, qu’on ne veut que du sentiment, du jugement, de la vo- lonte d’un autre, pendant tout le temps de sa presence; qui met a l’entibre disposition de l’acteur jusqu’a nos rires, nos larmes et nos fureurs, remarquez, dis-je, que ce degre de l’influeuce scenique, n’atteint jainais les ames un peu amal. m^d,-pstch. 5* gArie, t. ni. Janvier 1870. 2- 2

18 CLINIQUE ORGANO-PSYCHIQUE, SURTOOT PSYCHOLOGIQUE fortes ; elles restent maitresses et conscienles d’elles-mfemes au milieu du spectacle le plus dmouvant : comme le grand capilaine au champ de balaille ; comme on nous peint saint Louis dans les coinbats : « intrdpide sans fetre emporte. » (Voltaire.).

Si l’ame un peu forte se laisse dmouvoir par la seAne dramatique, ,c?est quand elle s’y prfete, c’est-a-dire quand elle est elle^mfeme complice de l’acteur. Et c’est la, pour nous, un grand enseignement dans la question des folies raisonnantes et conscientes : soyez surs, messieurs, qu’elles seraient moins fr^quentes et moins funestes, si la volonle de ces pretendus irresistibles s’employait resolft- ment et sans reserve a suivre les avis de leur conscience. Ah ! si on les suivait dans leur Arne, au lieu dene les voir que dans leurs actes et leurs premiers dires, on verrait sou- vent leur volonte de connivence avec lesobjels de leurs ten- tations, comme la verity ou leur dignite blessee le fait avouer a quelques-uns, quand la loi trompee a prononce sur eux la fletrissante irresponsabilite.

Vous savez bien, messieurs, que c’est sur les Ames debiles de, l’enfance et de la femme, et non sur i’&rne du mddecin, que le spectacle de l’epilepsie, de la choree, de la folie, exerce ses prestiges etses dangers d’imitation. « Le spectacle d’une femme en proie A des convulsions apres une violente querelle avec son mari, snffit a faire tomber dans lemfeme etat vingt de ses compagnes de travail a la manufacture de Lypn», nous dit unde nos confreres. Au lieu d’avortons mo- rap, supposez des ames fortes, telles que la vie et l’bistoire nqps en montrent, et l’effet cessera.

G'est par cette insufflsance de libre-arbitre cbez tous les Aires en avortement moral, c’est par cette incapacity de re¬ sistance autonomique au spectacle extdrieur d’exlravagance et a 1’idge, de sorcellerie, de possession demoniaque, que se formept et se propagept les epidemies nerveuses et morales.

DBS INSANITIES TRECURSIVES DE LA F0LIE. 19

Mais la sensation capable d’usurper ainsi sur le libre- arbitre, varie autanl que les circonsiances de la vie, autant que la force des ames sur lesquelles elle s'exerce. Cette sensation peut se perpetuer par 1 'image qui en reste gravee dans la m4moire, par l’idee qui en reste fixee dans l’e sprit.

Aucun observateur serieux ne croira que ces effets pri- mitifs, qui n’avaient eu aucun precurseur, qui ne durent le plus souvent que le temps d'une scene, ou qui ne se repro- duisent que par la seule id6e du pass6, qui laissent l’esprit parfaitement libre en toute autre chose, et la sensibilite et la contractilite nerveuses parfaitement intactes, soient des effets purement organiques, les effets d’une alteration ce¬ rebrate, que l’anatotpie palhologique la plus delicate et La plus desireuse de trouver n’a jamais pu conslater. Par-des- sus les sens et le cerveau, il y a la dvidemment une puis¬ sance d'ordre moral, qui s'est laisse subjuguer par la sensation ou par l’idfe nee de la sensation. Nous en avons la preuve dans la nature des faits, et la contre-epreuve dans les resistances autonomiques de cette meme puissance, c’est- k-dire de.la meme personne, a des sensations moins fortes, aux sensations ordinaires de la vie. Nous en avons la preuve encore dans la resistance facile a des sensations beaucoup plus fortes, 4 des idfes plus entrainantes, par de personnes d'une plus haute et plus forte trempe morale.

G’est ainsi que dans l’ordre organique lanteme influence morbide, palud&mne par exemple, est sans action surun or'ganisme vigoureux, preside par un principe vital puis¬ sant, et defendu par de puissantes synergies ; tandis qu’elle atteint et trouble profondement, quelquefois jusqu’a sa ruine, un organisme d6bile, irapuissant ii la reaction.

Voilk done cliniquement dtablies : la loi des deux termes en presence* la loi des rapports hierarchiques du moi hu- main avec les objets de son monde exterieur; et les insani- tesqui rSsultent du renversement de ces rapports.

{La fin an prochain nvmtro.)

DE L’ AUGMENTATION PROGRESSIVE

DU CHIFFRE

DES .ALIENES

ET DE SES CAUSES

par M. le Dr L. LUNIER,

Inspecteur gfiniral du service des alidnd*.

MEMOIRE LU k l’ACADEMIE IMPERIALS DE MEDECINE, LE 2J MARS 1869.

Messieurs,

La question dont je viens entretenir l’Academie preoccupe a juste titre depuis quelques annees Fopinion publique, l’administration et les mddecins eux-mdmes; j’ai done pense qu’il y aurait quelque interet 4 l’etudier de prks k l’aide de documents precis.

J’ai entrepris a cet effet une enqufete spfciale dans tous les dtablissements d’alienes de France, j’en ai compare les resultats a ceux fournis par les recensements generaux de la population et les ai mis en regard des documents publies a l’etranger, notamment en Angleterre, en Suisse et en Belgique, pays ou les enqu&tes statistiques sur les alienes m’ont paru faites avec le plus de soin. C’est l’expose suc¬ cinct de ces recherches que jai rhonneur de mettre sous les yeux de l’Acad&nie.

Les cbiffres jouent un r&le trop important dans l’etude des questions de cette nature, pour que je n’aie pas pris soin de me mettre en garde contre les erreurs inevitables et parfois bien grossieres que l’an commet, quand on se con-

DE ^AUGMENTATION PROGRESSIVE, ETC. 21

tente d’admettre sans controle les chiffres que donnent la plupart des releves statistiques ; je les ai done ton jours veri¬ fies avec soin et je crois pouvoir affirmer l’exactitude de ceux qui ont servi de base a ce travail.

Je me propose. Messieurs, d’ examiner successivement les questions suivantesj

De ^augmentation progressive du chiffre des alienes revelee par les recensements generaux de la population.

De l’accroissement du nombre des alienes places dans les etablissements speciaux; des causes de cet accroissement,

3“ DaFaug mentation des cas d’alienalion mentaleet des causes de cette augmentation.

Jene puis, Messieurs, avoir la pensee de traiter aujour- d’hui ces diverses questions avec l’etendue que comporte leur importance; je me contenterai done pour le moment de les esquisser a grands traits, me reservant de les reprendre plus tard l’une apres l’autre.

U

De l’ augmentation progressive du chiffre des alienes revelee par les recensements generaux de la population.

II ne faut pas remonter bien loin si l’on veut trouver des documents statistiques un peu serieux sur le chiffre des alienes en France. Le premier que je connaise a ete publie en \ 843 par le ministere de l'agricul ture et du commerce ; e’est a ce document et aux recensements quinquennaux de la population que j’ai emprunte la plupart des chiffres d'un premier tableau synoptique, qui comprend dans au- tant de colonnes separees etpour chaque annee, de 1835 a 1869, le chiffre total de la population, le nombre des alienes recensds a domicile etde ceux places dans les dtablissements speciaux et enfin la proportion de ces malades par rapport a la population.

22

DE L’ AUGMENTATION PROGRESSIVE

TABLEAU I. Mouvement de l' alienation mentale en France de 1835 a, 1869.

33346571 33540910 33678763 33816616 33934469 34092322 34230178 35783170 36139364 3738631 3(8)

38407439

5999 6475 6294 5936 5566 5066 4480 24433 340O4W 531 60<T> 54707<8'! 547-07®

10539

1 1 091

11429

11982

12577

13283

13887

21924

25844"

31021

36002l9)|

38545

16538 17566 17723 17918 1 81 43 18349 18167 46357 59848 84181 90709 93252

4,96

5,24

5,26

5,29

5,34

5,38

5,37

12,95

16,56

22,52

23,82

24,28

(1) Les relevds out 616 faits a la date du 1”r juillet pour les annCes 1851-1866, el le 1er janvier pour les autres.

(2) Pour les anodes 1 836, 1 841 , 1 851 , 1 856, 1 861 et 1 866, les chill'res de la population sdnl fournis par les recensemenls olficiels. Pour les autres anndes, je les ai obtenus par le calcul, en rdparlissant dgalernent sur chaque annie l’aug- menlalion eonslalde par les recensemenls quintjudnu^ui.

(3) - C’eli’t-u.-dire dans les dlablissemenls autorisds, ainsi du resle que la lisle en est dlablie a la fin de ee travail.

(4) A savoir : 11714 fous et 22290 idiots et crdlins.

(5) Dont 22942 fous et 2902 idiots et crdtins.

(6) ¥ compris les trois ddparlemenls annexds.

(7) Uont 15264 fous et 37896 idiots et cretins.

^8) Uont 18734 fous et 35973 idiots est cretins.

(9) Dont 32022 fous et 3980 idiots et crdtins.

(10) J’ai pris pour Pannde 1869 le chilfre du dernier re- censement, c’est-a-dire celui de i860.

Si Ton s’en tenait a un examen superficiel, comme cela se fait souvent, on conclurait de la lecture de ce tableau que le nombre des alienes en France a augmente, de 1833 k 1869, da ns la proportion de 4,96 a 24,28, en d’autres termes quJil a presque quintuple.

DU CHI^FRE DES ALIENES ET DE SES CAUSES. 23

Les chiffres de ce tableau n’ont point cette signification. Je Vais essayer de le ddmontrer .

La nombre total des alienes existants, soit au commence¬ ment de 1’annee, soit au d er juillet, comprend deux elements bien distiucts : d’un cote, les alienes recenses it domicile et de l’autre, ceux places dans les asiles.

Je m’occuperal d’abord des premiers, dont le nombre depuis 1835 se serait accru, d*apres les documents officiels, dans la proportion de 6 a 54 (5999 : 54707).

11 n’esit pas douteux, et cela de l’aveu m§me des hommes distlngu^s qui sont charges de ce travail au ministere du commerce, que les recensements, notamment en ce qui con- cerne les alienes, nJont pas toujours ete fails de la mbme maniere et avec le meme soin qu’aujourd’hui, et que l’accroissement eoorme du nombre des alienes recenses a domicile doit surtout, sinon uniquement, btre attribud aux ameliorations apportees progressivement dans les precedes d’enquete. 11 resulterait, en effet, des renseignemenls que j’ai recueillis de tous cdtes, dans mes tournees d’inspec- tions, que le chiffre des. alienes conserves’ dans les families a plutot diminue qu’augmente, du moins relalive- ment (1);

Je dots aj outer que Fanuexioii dbla SaVoi'g a eii pbur effet d’accroi tre dans uneassez forte proportion le nombre descretins et idiots conserve! dans les families : sur 37,896 individus de cette categorie recenses en 1861, les deux deparlpments de l’ancienne province de Savoie, en effet, en ont a eux seuls fourni 3,555, c’est-a-dire pres du dixieme, tandis que la population de ces deux departements n’a augmente celle de toirte Id France que de un soixanle-neuvieme.

On ne saurait trop le rdpeter, ces recensements des alienes

(1) Autrefois dans les campngnes aussi hicti que datis les villes, on hdsitait A faite conuaitre les aliddds et Id's idiots; aujourd’hui, au coniraire, on s’empresse de les montrdr (l&iis l’espoir d’obtenir leur admission dans les asiles.

24 DE ^AUGMENTATION PROGRESSIVE

k domicile n'auront de valeur serieuse, que quand ils seront faits, comme cela se pratique dans d’autres pays, et notam- ment en Suisse, par des commissions speciales composees surtout, sinon exclusivement, de medecins. Encore nepour- ra-t-on jamais, et cela se comprend, obtenir sous ce rap¬ port des chi fires absolument exacts.

Quoi qu’il en soit. Messieurs, si les chiffres du. tableau que je viens d’analyser laissent a desirer sous plus d’un rapport, il est au moins permis d'affirmer qu’ils sont plutot au-dessous qu’au-dessus de la realite et que la proportion de 1 aliene sur 412 habitants, qui ressort de la comparaison de ces chiffres a la date du 1,r janvier 1869, n’ exprime pas encore la verity.

Cette proportion, d’ailleurs, n’a rien qui doive nous etonner : elle etait, en Suisse, il y a quelques annees de 1 sur 325 et, en y comprenant les cretins, de 4 alidnd sur 202 habitants (1) ; je crains bie qu’elle ne soit pas beau- coup moindre en France.

Voici d'ailleurs, d’apres les documents les plus recents, quelle est la proportion des alienes recenses en Angleterre, en Belgique, aux Etats-Unis, en Ecosse et en Suede.

Annees du Habitants pour

Angleterre et Galles (2) ... 4844 *802

.... 1852 691

- .... 1858 544

.... 4868 432

Belgique (3) . . 4 8*0 71 4

Etats-Unis (4) . 1868 1 305

1867 700

(1) De V alienation mentale et du cretinisme en Suisse ; par le. Dr L. Lunier, 1868, p. 103-106.

(2) The alleged increase of Lunacy ; par le Dr Lockhart Ro¬ bertson; Journal of mental science, avril 1869.

(3) Statistique des aliines en Belgique; par M. P. Lentz- Bruxelles, 1863.

(4) Report on insanity ; par le Dr Ch.-A. Lee. Philadelphie, 1868.

DU CHIFFRE DES ALIENES ET DE SES CAUSES. 25 Annies d,u Habitants poor

Ecosse (1) . re°T858n ' 629° '

- 1861 486

1868 439

Suede (2) . 1860 512

L’augmentation progressive du nombre des alienes re- censds est done a peu prds partout la meme.

§ II.

De l’ accroissement du nombre des alienes places dans les

etablissements speciaux el des causes de cet accroissement.

Ici, Messieurs, nous marchons d’un pas plus assure ; le chiffre des alienes places dans les asiles est bien connu et s’il regne encore quelque incertitude a cet egard pour les annees anierieures a 1 861 , je crois pouvoir affirraer l’exacti- tude de ceux que j’ai recueillis moi-mdme pour la periods 1861 -.1869.

Le deuxieme tableau synoptique, que j’ai l’honneur de mettre sous vos yeux, permet d’embrasser d’un coup d’ceil, pour les annees 1835 a 1869 :

Le nombre des alienes sequesters mis en regard du chiffre de la population ;

Pour les annees 1842 k 1869, le nombre des homines et des femmes calcule separement;

La proportion des alienes sequestres par rapport a la population;

Et enfin l’augmentation annuelle des abends internes dans les asiles.

Voici d’ailleurs ce qui ressort de l’examen de ce tableau :

Le chiffre absolu des abends traites dans les etabbsse-

(4) Eleventh annual report of the general Board of commissioners in Lunacy for Scotland. Edinburgh, 4869.

(2) Communication du Dr Salomon, direateur de l’asile do

Malmoe.

DE li’ AUGMENTATION PROGRESSIVE

TABLEAU II. Mmvement des aliines places dans les itablis- sements speciaux.

Annies.

axiOlSes.

liohptih'i1

bi

A

Ic-janr.

...

D. S.

a

1835

33346571

()

4 0539

3,16

3164

w

1836

335 119 10

44094

3,31

.3024

652

1837

33678763

41429

3,39

2947

338

1838

33816616

11982

3,54

2822

653

1839

33954169

4 2577

3,70

2700

595

1840

34092322

4328 3

3,89

2367

706

1841

34230-178

4 3.887

4,05

2463

604

1842

34464239

7262

8018

4 5289

4,43

2255

1393

1843

34698300

7511

8285

(5786

4,65

2198

506

1844

34932361

7768

8487

4 6253

4,66

2149

469

1845

35166422

8123

8966

47089

4,86

2058

834

1846

35400486

8502

9511

1 8043

5,08

■1971

825

1847

35477023

8997

1 0026

19023

5,36

1 8(13

1010

1848

35553560

9141

10429

19570

5,50

I'M 7

; 547

1849

35630097

9513

10718

20239 .

5,68

1767

061

18,50

35706534

9634

10427

20061

5,62

1779

-170

1851

35783170

10281

M072

24 3 os}'

.5,97

1 676

668

1852

35354127

10882

11643

22495,

6,27

-1514

1142

1853

35925684

11623

4 2172

23795

6,62

•4 509

-1300

1 854

35996941

14849

1 2675

24524

6,84

1 168

729

1855

36" 681 98

1 2036

1 2860

24896

6,90

r.53

372

1856

36139364

1 2221

43264

2548501

7,05

1418

826

1857

36254942

4 263 ?

43677

26365

7, 1 6

1378

820

1858

36369520

12910

4 4098

27028

. 7,43

1346

723.

1859

36485098

13392

14486

27878

7,64

1308

8b0

I860

36600676

13876

14885

28761

7,86

1273

883

1861

37386313

1 4642

4 5732

30374

8,12

1234

9 78

1862

37-22463

15231

4 6437

31668

8,44

1185

1294

1863

3765861 3

15822

47105

32927

8,61

1144'

1259

1864

37794764

16318

17658

33976

8,99

1112

■1019

1865

37930914

16705

1 8092

34797

9,23

1112

821

1866

38067064

17138

4 8402

33640

9,34

1071

743

1867

38203194

17482

18983

3.6465

9,54

1048

925

1868

38339344

17918

19638

37356

9,79

1021

1091

1869

38407439

18285

20260

38545

40,03

996

989

(4) A savoir : fous, 4f)726 homines et 4 4 876 femmes ; idiots etclmitifc1, 449S homm6‘s ht 138^ feiiiin^.

DU CHlFfttE Ms alMMs et de ses causes. 27 rrteilts spdciaiix s’est 41eve depuis 1835, de 1 0,539 ^ 38,545; il a donfi presque quadruple.

Le nombre relalif, autrement dit la proportion des alienes sequestres par rapport a la population, s’est eleve de 3,16 a 10,0'3 pour dixmille habitants : il a done un peu plus que triple (1).

Le nombre des alidn^s places dans les asiles h’a pas cesse d’augmenter : cette augmentation qui n’etait d’abord que 4 0. 500 par annee, s’est elevee progressivement, a partir de la promulgation de la loi de 1938, de 600 a 1300 par an ; mais depuis 1 862, felle tend inAnifestemeni 4 ddcroitre etn’est plus aujourd’hui que de 8 a 900 par annee (2),

Le fait est bien plus evident encore si l’on compare le chiffre qUi reprOsente 1’augmentation annuelle a celui des existants au commencement de chaque annee. 11 ressort de cette Coniparaison que l’accroissement annuel du chiffre dee alienes qui etait :

de 1841 4 1 846 de . .

5,94 0i0

de 1816 a 1851 de . .

3,71

de 1856 a 1861 de . .

3,14

h’etait plus en 1868 que de. . .

2,57

(1) Voici quelle est celte proportion dans quelques-uns des pays voisins.

Dates. Interims. VnS‘rhI?Ur

Angleterre et Galles, 1crjanv. 1858 22184 865

1868 32606 653

BOlgique. ..... 1869 6022 76s

Ecosse . 1858 3990 768

- 1868 5427 564

StiiSse . . 1867 2600 896

La proportion des alidnds sdquestrds est done notablement moins forte en France que dans les pays voisins el surtout qu’en Angleterre et en Ecosse.

(2) Il y a depuis Irois ans une ldgbre augmentation que je serais tenld d’altribuer, au moins enparlic, a la iransformalibn opdree dans l’organisation du service des alidnds de la Seine. Depuis trois ans, en effet, le chiilre des admissions des ma- lades de ce ddparlemenl, qui u’dlait avanl 1866 que de 1900 a 2000 par annde, a did, en 1867, de 2297 et, en 1868> de 2685.

28 BE I,’ AUGMENTATION PROGRESSIVE

Mais, quoique beaucoup moins sensible, cette augmenta¬ tion n’en est pas moins encore assez importante pour qu’il y ait lieu (Ten recbercber les causes.

Ges causes sont :

^augmentation du chiffre des admissions ;

L'excedant annuel du chiffre des admissions sur celui des extinctions, c’est-a-dire des sorties par guerison, deces ou au.tres causes.

Je ne m’occuperai pour le moment que de cette derniere cause.

Pour en faire bien nettement ressortir l’importance, j’ai dresse un 3" tableau synoptique dans lequel, en regard du chiffre annuel des admissions, j’ai inscrit, pour chaque annee, et pour chaque sexe, le chiffre des extinctions, puis, dans autant de colonnes separees, ^augmentation ou dimi¬ nution, d’une annee k l’autre, des entrees et des sorties, l’excedant des admissions sur les sorties et enfin le rap¬ port de cet excedant au nombre des sorties.

Void, d’ailleurs, cequi ressort de l’examen dece tableau :

4 °Le nombre des extinctions a presque toujours dteinfe- rieur a celui des admissions . Le contraire n’a ete observe qu’en 4819, annee oule cholera a augmente de plus d’un tiers le nombre de deces dans les asiles d’alienes.

Cet excedant, apres avoir augmente a peu pres progres- sivement de 4835 a 4860, a diminue depuis cette dpoque pour, augmenter de nouveau dans ces dernieres annees, mais sans atteindre cependant, par rapport au chiffre des admissions, la m§me proportion que dans la premiere periode.

Mais le fait de la diminution progressive de l’excedant annuel des entrees sur les sorties est bien plus sensible en¬ core si l’on compare cet excedant au chiffre des sorties : il ressort, en effet, de cette comparaison que l’excedant des entrees sur les sorties, qui s’dlevait en 4835 a 47 et en 4 841 a 24 0[0 du chiffre des sorties, n’etait plus en 4 868 que de 9,46 0i0.

30 Kja L’iDfiJIEN'yATION P^O^RESplYE

II y a du reste a cet dgard une difference entre les deux sexes. L’excedant dont il s’agit, en effet, est moindre pour les hommes que pour les femmes et cela dans la proportion de 1 00 a 1 1 9 ; nous verrons plus loin qu’il en eslt tout autre- ment de l’augmentation du chiffredes admissions.

J’aidit ailleurs (I) a quelle cause il fallait surtout attri- btier cet excedant annuel des entries sur les sorties et com¬ ment on pouvait & peu pres affirmer qu’il irait toujours en diminuant et n’auraitbienlot plus qu’une influence insigni- flante sur l’augmentation progressive du chiffre des abends sequestres.

Il importe, d’ ailleurs, de degager de cet excedant un Element qui lui est etranger ;* je veux parler de l’augmenta- tion du nombre des entrees dont l’dtude fait l’objet de la question qu’il me reste a examiner.

§ HI-

De l' augmentation du nombre des cas d’ alienation mentale et des causes de cette augmentation.

Le chiffre annuel des admissions ne represents pas le nombre des cas de folie qui gp. dec’arent chaque annee.

Quelques.alienes, en effet, guerissent dans leur famille, d’aulres, en bien plus grand nombre, y meurent sans avoir sejourne dans des etabjissements spdciaux ; mais ce fait d’ ob¬ servation, qui etait surtout vrai avantla promulgation de la loi de 1838, l’est beaucoup moins aujourd’hui et l’on peut considerer actuellement le chiffre des entries dans les asiles d’alidnes, deduction faite des transferements (2), comme representant approximativement le chiffre relatif sinon encore le chiffre absolu des cas d’alienation mentale.

(1) Des alimes; des divers modes de traitement el d’ assistance qui leur sont applicables. Paris, 18 (So.

(2) 11 y aurait lieu dgalement, pourne ndgliger aucuqe cause d’erreur, de relrancher les alidnes rdintdgids aprtis Evasion et ceux qui out ddja sdjournd dans un asile et en sont sortis sans Sire gudris .

DU CHIFFRE DBS ALIENfe' ET DE SES CAUSES. 31

Les chiffres des tableaux qui precedent nous permettent, d’ailleurs, d’evaluer exactement pour quelle part 1’augmen- tation du nombre des entrees cntre dans celle du chiffre des alienes sequestres.

Du 1er janvier 1835 au janvier 1869, le nombre des alienes internes s>est 61evd de 10,539 a 38,515, ce qui re¬ presente une augmentation de 28,006 en 34 ans et une moyenne de 823 par annee.

D’un autre cote, le nombre total des exc^dants annuels des entrees pendant la mSme pSriode est de 9,258, c’est-a- dire tres-approximativement le tiers du chiffre qui repre¬ sente 1! augmentation du nombre des internes de 4835 41869.

L’accroissement du chiffre des entrees a donG, depuis 1 835, contribue pour un tiers a ^augmentation du nombre des abends sequestres.

II ressort, d’ailleurs, de l’examen du tableau III, que le chiffre annuel des admissions s’est accru tres-rapidement : de 3,947 qu’-il etait en 1835, il s'est 41eve 4 5,536 en 1839, c’est-a-dire dans i’annee qui a suivi la mise en pratique des dispositions de la nouvelle loi sur les alienes et il a alteint, en 1869, le chiffre de 12,509. 11 a done plus que triple en 34 ans.

Cette augmentation du chiffre des entries n’a pas, du reste, suivi toujours la meme progression. Elle a 4t6, en moyenne, par annee :

de 338, de 1835 a 1839 de 399, de 1840 a 1844 de 22, de 1843 a 1849 de 340, de 18)0 a 18o4 de 170, de 1865 a 1859 de 212, de 1880 4 1864 de 4°7, de 1863 a 1868

Et enfin de 272 pour (’ensemble de la pdriode.

Si, d'ailleurs, l’on compare cette augmentation annuelle au chiffre des admissions, on reconnait qu’apres avoir ete relativement assez forte, elle est devenue aujourd’hui pres- que insignifiante.

32 DE ^AUGMENTATION PROGRESSIVE v

De 8,73 0[0, en effet, qu’elle dtait en 1836, par rapport au chiffre des admissions, elle est tom bee a 1,97 dans la pdriode 1860-1864.

Cette seconde cause d’augmentation du chiffre des alidnes internes diminue done, elle aussi, absolument et plus encore relativement ; mais elle est encore cependant assez impor- tante pour qu’il importe d’en rechercher les causes.

Ces causes sont de plusieurs sorles.

Pour les placements volontaires, ai-je dit .ailleurs, l’aug- mentation du chiffre des entries a sa raison d’etre dans la confiance qu’inspirent de plus en plus aux families les medecins qui sont ii la tete des etablissements d’alidnes, et aussi dans la disparition d’un facheux pr6jug4, d’un amour-propre mal place, qui empechaiSnt naguere beau- coup de families de placer leurs malades dans des asiles publics, voire rndme dans des asiles prives.

Aussi est-ce sur les placements effectues par les families que porte surtout l’augmentation du chiffre des entrees.

Quant aux placements operes par l’administration, ils ont augmenle dans une forte proportion la seulement ou de nouveaux etablissements ont etd ouverts, et dans le voisinage de ces etablissements.

Je n’ai pas besoin d’ajouter, Messieurs, que ces deux causes d’augmentation du chiffre des admissions mais nullement du nombre deS alienes disparaitront par la force m&me des choses, ou tout au moins n’accroitront bientOt plus que dans une proportion insignihante le chiffre total des entries.

II me reste a dire quelques mots d’une dernihre cause d’augmentation du chiffre des entries, je veux parler de l’accroissement du nombre des cas de folie.

II ne me parait pas possible de determiner exactement jusqu’a quel point le chiffre des cas d’alidnation mentale a augmenle depuis une trentaine d’anndes mais il est au moins permis d’affirmer, d’apres ce qui se passe dans la

DEPARTEMENTS

POPULATION

U 1" JANVIER.

DONT IL REgOIT LES ALIENEE ASSISTES

1861

1869

1 en 1869 (3).

U. F. D. S.

Aisne . .

Allier .

Alpes-Maritimes

Ardeche .

Aridge .

Aude .

Aveyron .

Calvados .

Cantal .

Charente. _

Cbarente-Infdr

Cher .

Correze .

Haute-Garonne Gers .

Saint-Georges, a Bourg . . . Sainte-Madeleine, A Bourg.

Prdmontrd .

Sainte-Catherine, a Yseure.

Saint-Pons, a Nice .

Sainte-Marie, A Privas .

Saint-Lizier .

Limoux .

Bodez .

Saint-Pierre, A Marseille . . . La Trinite, a Aix .

[ Saint-Paul, A Saint-Rdmy. . . Le Bon Sauveur, A Caen . . .

Aurillac .

Beulry, A La Couronne ....

Lafond, a La Rochelle .

Bourges .

La Cellette, A Moneslier-Mer-

lines .

La Chartreuse, A Dijon .

Saint-Brieuc .

Lehon, A Dinan .

I Le Bdgard .

Evreux .

Bonneval .

( Sainl-Athanase, A Quimper.

( Morlaix .

( Bracqueville, A Toulouse. . . I Maison Delaye, A Toulouse.

| Auch .

I Bordeaux .

1823-1860.. .

1825 .

1" janv. 1867

1850 .

Ddc. 1867... 1828-1836... Sept. 1838. ..

1827 .

I" sept. 1852 1699-1844.... 1697-1" octo- bre 1859. . vers 1800.. . . 1735-1818...

1837 .

15 fev. 1865(4 1 erd 6c.1 829 . . 1-817 .

1833 .

1832 .

1827-1835. ..

1859 .

1" aout 1866

Ain (H.).— S.-et-L. (H.j. Seine (P.). Ain (F.).— S.-et-L. (F). -Seine (P.).

Aisne.— Ardennes .

' Allier .

Alpes-Maritimes .

ArdAchc.— Drome .

Aridge .

Aude . Pyrdndes-Orienlales .

Aveyron.— Seine (P.) .

Bouches-du-Rhone (P.).— Var .

Arrondiss. d’Aix.— Corse.— Algdrie.

Calvados.— Seine (P..

Cantal .

Charente .

Charenle-Infdrietfre. .

117 168 285

101 82 183

124 110 233

90 .85 175

426 381 807

123 142 .265

41 43 84

31 8 432 750

72 39 121

20 12 32

■138 121 259

60 63 123

168 191. 359

141 161 302

443 454 897

43 31 74

337 480 817

81 61 142

97 99 196

153 239 392

94 94 188

CorAze (II).— Puy-de-Dome . . .

C6te-d’Or . . . . . .

Coles-du-Nord (F.>. .

Cotes-du-Nord (II.). Morbihm

FinistAre (H.).— Seine (P.) .

Finistere (F.) .

Haute-Garonne Seine (P.)

I LeCasleld’Andorte, auBous-

Gers.— Seine (P.) . .

Gironde (F.). Arrondissemenl de

Marmande (F.).— Seine (P.) .

Gironde (II.). Arrondissement de Marmande (H.).— Seine (P.) .

( Montpellier . 1822 .

Hdrault . Le Pont-Saint-C6me, a Mont-

( pellier . 1848 .

Ille-et-Vilaine . . I Saint-Mden, A Rennes . 1780 - 1835

1851.;....

Indre-et-Loire.. Tours . 1725-1816...

IsAre . | St-Robert, A Ste-Egreve . . . 1817-1840...

Tl,„„ , Dole . . I816-1837...

J ld . / Les Capucins, a Dole . 1811-1860...

Loir-el-Cher. . . . Blois . 1827-1841...

Loire (Haute)-... Monlredon, au Puy . 2 oct. 1852..

. .1 Orldans . 1675-1837 ...

. . Saint-Alban . 1821-1830....

..I Ley me . 1835 .

i *| Sainte-Gemmes-sur-Loire. . 1843 .

/' Pontorson . . 1809 .

. .] Pont-TAbhe-Picauville . 1852 .

( Sainl-L6 . . 1 Si 0-1 836 _

, . ChAlons-sur-Marne . 4 avril 1834-

1840 .

. . Saint-Dizier . 1817 .

. ,| La Roche-Gandon . 1831-1556..;.

I Mardville, a Laxou . 1714 - 1749 -

1 1815 .

Ille-et-Vilaine .

Indre-et-Loire .

Isere. llautcs-Alpes .

Jura.— Doubs.— Seine (P.l

207 237 443

115 185 300

157 150 307

109 108 217

Loir-et-Cher.— Seine (P.) . 243 3i4 567

Haute-Loire.— Loire; arrondissement j

de Saint-Etienne (F.) . 77 443 225

Loire-Inidrieure . 299 282 581

. 8 10 is

Loiret.— Seine (P.) . 246 274 520

Lozere.— Gard (F.)— Seine (P. ' . 40 156 196

Lot.— CorrAze (F.)— Dordogne . 202 212 414

Maine-et-Loire.— Seine (P) . 230 348 698

Manehe (P.) . 245 139 384

Manche(P.). Seine (P.) . 104 189 293

Manehe (F. P.)— Seine (F. P.) . ,, 170 470

Marne .

Haute-Marne. Aube.— Seine (IV Mayenne .

. j Saint-Frangois, A Saint-Ni-

I eolas-du-Port . 1803.......

\ La Malgrange, A Jarville. . . < 1817 .

. I Fains . Janvier 1823

. Vannes . 1834 .

. | La Charite . 1811-1841, .

I Armenlieres . 1712-1840..

\ Bailleul . . 1762-15 nov

. ) 1863.. ...

[ Lommelet, A Marquette .... 1825. ......

. I Clermont . 1822-1832.

Orne . Alengon. . 1780-18 nor

! 1831 .

Pas-de-Calais . . . Saiut-Venant . 1770-1819...

Puv-de-Dome. . . Sainte-Marie, a Clermont-

Ferrand . 1831-1833...

Meuse.— Seme (P.) .

Morbihan (F.) .

NiAvre .

Nord (H.). -Seine (P.) ...

Nerd (F.). -Seine (P.) .

Pas-de-Calais (H.).— Somme (H.). . . Oise.— Seine-et-Oise.— Seine-et-Mar- ne.— Somme (F.).— Seine (P.)...

145 156 301

180 176 356

122 114 236

19 17 36

223 244 467

» 108 10s

115 132 247

211 266 477

156 223 379

241 229 470

223 191 414

40 23 63

246 330 576

266 273- 539

84 230 314

218 243 461

232 375 607

220 137 357

265 284 549

» 196 196

171 194 365

217 198 415

1 61 1 67 328

15 14 29

242 253 495

» 1 63 1 63

117 156 273

Orne . .

Pas-de-Calais (F.).— Seine (F. P.)

ISldphansfeld, a Brumath . . .

L’Anliquaille, A Lyon .

Saint-Jean-de-Dieu, A la Guil-

lotiere . . . .

Saiut-Vineent-de-Paul, A la

} . GuilloliAre .

I Champvert, a Lyon .

[ Maison Clermont, A Lyon. .

I Saint-Joseph, a Vaugneray.

| Bassens .

I La SalpAlridre, a Paris .

Bicdtre, A Paris .

Sainte-Aune, A Paris .

Charenton, A Sl-Maurice. . .

Ilvry-sur-Seine .

Vanves .

Saint-Mandd, Gr.-Rue, 66. Chateau Saint -James, e

Neuilly-sur-Seine .

Sceaux (avant, a Paris, im¬ passe Longue-Avoine) . . . Paris, ruedcCharonne, 161 .

1800-1834....

1813 .

1788-1825....

1838-1834....

1827-1860....

1653-1807 _

1656-1807*...

1 er mai 1867.. 1645 - 1695 -

1798 . 1

1779-1828....

1822 .

1859 .

Basses-Pyrdndes. Landes. Hau

les- Pyrdndes.— Seine (P.) .

Bas-Rhin. Haut-Rhin .

Rhone .

Sarthe .

Savoie.— llaule-Savoie.. . . .

Seine (F. P.) .

Seine (H. P.) .

Seine (P.) .

156 151 307

355 372 727

391 396 787

4 16 20

>, 100 100

195 206 401

125 136 261

» . 1362 1362

197 228 425 362 447 809 529 559 1088

96 96 188 253 441 230 179 409, » 1180 1180

(— faub. St-Antoin.e, 303. rue Berton, 1 . Passy . . (Avant a Montmartre)

rue Picpus, 10 .

rue Picpus, 90 .

rue de laGlaciere, 130.

( Saint-Yon, A Rouen . .

Seine- Infdrieure) Qualre-Mares, A Sotteville-

( les-Rouen .

Seine-et-Oise . . .1 Vilie-Evrard, a Neuilly-sur-

Deux-SAvre . La Providence, A Niort..

1821-1847 .. Vers 1760... 1740-1824. ..

1804 .

11 juill. 1825

Vendde . Napoldon-

Vienne . Poitiers . .

Vienne (Haute).. Naugeat,

. 1840-1" jan- vier 1865... . 1" fdv. 1862.

. 1 4 mai 1823-1858.

I Seine-Infdrieure (F.). . . .

Seine-lnfdrieure (H.) .

Seine (P.).’ .

Deux-SAvres. Vienne (P.). Seine

(P) . .

Tarn .

Tarn-el-Garonne.— Arrondiss.d’Agen,

Ndrac et Villeneuve-d’Agen .

Vaucluse.— Gard(U.).— Basses-Alpes.

Seine (P.) .

Vendde.— Seine (P.)i .

Vienne (P.) . .

Haute-Vienne.— Creuse.— Indre .

Vosges (P.)._ .

Yonne.— Seine (P).. . .

367 332 699,

178 142 320

34 11* 146

173 144 31 7j

12 14 26

225 235 460,

(3) H. homines; F, Femniri ; p, en par tie. .

(4i A rcmplac6 le quarlier d’An^ouldme supprime en 15; Remplace le quartier d’hospice d’Evreux supprimii

Itps quand l’asile a subi, k certaines 6poqucs, des transformations importantes, reconstruction sur place ot II. quartier d’hospics ; P, asile privd ; PP, asilc privd faisant fonction d’asile public.

Asiles ddpartementaux (1) . .

Quartiers d’hospices (2) . . . . .

Asiles privds faisant fonctions d’asiles publics (3) . Maisons ne recevant pas de pensionnaires (4) . . .

7361 8083 15444 2899 3764 6663 3603 2917 6520

10032 11494 i 1 526

2768 4048 6816

4633 3583 8216

852 1135 1987

14642 15732 30374 103 18285 20260 38545

- Vaucluse n’a reju scs premiers malades qu’eu ta

DU CH1FFRE DES ALIENES’. 33

plupart des departements, que cette augmentation est dans tous les cas beaueoup moins considerable qu’on le pense generalement.

J’en excepterai cependant les alienations mentales de cause alcoolique, mais plus encore peut-fetre la folie paraly- tique que je serais tente d’appeler la maladie du si&cle . qui semblent augmenter de frequence d’une facon reelle- ment inquietante et cela non plus seulement dans les gran- des villes, mais aussi, depuis quelques annees, dans des centres moins importants. Fort heureusement, cette aug¬ mentation se trouve compensee, au moins dans une certaine mesure, par la diminution des cas de crelinisme et d’idio- tie. Je reviendrai plus tard sur ces diverses questions.

Je ne quitterai pas les deux tableaux qui precedent sans en tirer un dernier enseignement qui a bien sa valeur. On croit gdneralement que la folie est plus commune chez la femme que chez l’homme. C’est une erreur que j’ai deja relevee et qui ressort de la fapon la plus 6vidente de l’exa- men de ces tableaux. S’it est exact, en eifet, de dire qu’a un moment donne, il y a dans les asiles un peu plus de femmes que d’hommes, il n’est pas moins incontestable quJi 1 entre chaque annee dans ces etablissements plus d’hommes que de femmes et cela dans la proportion de 100 a 85. Or, n’est- ce pas plutot le chiffre des admissions qu’il faut ici consi- derer ? J’ai dit ailleurs, du reste, la raison de cette divergence dans les resultats obtenus; je ne crois done pas devoir y revenir.

Je m’etais tout d’abord , Messieurs , proposd d’ exposer dans un quatrieme et dernier chapitre, les moyens a em¬ ployer pour arr&ter ^augmentation progressive des cas de folie et du nombre des alienes internes, mais je me suis apercu que cette etude m’entrainerait beaueoup trop loin; j’en ferai done l’objet d’une seconde communication.

i. 5* sirie, t. iu. Jimvier 1S70. 3. 3

•SUR L* ACTION TReRAPEUTIQUE

DE L’HYDRATE DE CHLORAL

par le D>- JASTROWITZ

OBSERVATIONS RECUEILLIE.S A LA CLINIQUE DU PROFESSED U WpSTPHAL (I).

Depiiis que nous avons fait avec M. LiebreicR nos pre¬ mieres experiences stir Faction de l’hydrate de chloral dans les quarliers de l’hopital de la Charite affectes aux maladies nerveuses et ineiitales, ces experiences ayant tOiitau moins ddrriontre d une maniere incontestable les propriOtes hypno- tiques de cette preparation, rious avoiis pouisuivi nos re- cherclies d’une fa'Con methodique, et dirigeantnos observa¬ tions du c6te de la thdrapelitique clinique, nous avons patti- culierement etudid quelles sont les doses de ce mddicatlient que J’on doit employer, et quels soiit les divers effets qu’il produit, suivant les doses adihihiStides, dans les differentbs formes des inaladies mentales et dans le delirium tremens. En effet, on pouvait logiquement s’atiendre qu’un medica¬ ment qui agit d’une facon aussi eclatante sur le cerveau dans l’dtat physiologique, devait dgalement exercer son influence sur cet organe en etat de maladie, lie fut-ce que. de sup- primer l'agitation. purement symptomatique de certains malades, et de faire cesser Einsomnie qui accompagne si souvent les maladies mentales et qui souvent aussi, circon-

(1 ) Extrait du Journal hebdoinadoire de clinique de Berlin. 1869, nos 39 et suiv. ; trad, par le Dr Deumie.

sdr Faction therape'dtiqoe i>e l’rtdrate de chloral. 35 stance plus importante encore, precede et favorise le deve- loppement de la folie.

Nous ayons done soumis au traitement par le chloral le plus grand nombre possible de malades presentant tous un etat d’excitation de diverse nature, et pour dire la verite, cfetaient presque tous des sujets en proie a un etat de manie grave. Le nombre des malades traites jusqu’a ce jour s’eleve a 34. Gertes, il n’est pasassez imposantpour quenous puis- sions formuler des conclusions definitives; mais il est suf- fisant pour nous donner du moins une idee de Taction de Thydrate de chloral, et, sous ce point de vue, nous croyons qu’il ne sera pas inutile de livrer le travail suivant a la pu¬ blicity.

Ges 34 t'aits se decomposent ainsi :

10 cas de delirium tremens (homines, bruyants).

6 cas de melancolie (3 hommes, 3 femmes).

5 cas de manie aigue (1 homme, 4 femmes, dont 2 a la suite de couches).

2 cas de manie chronique.

6 cas d’agilation maniaque chez des paralytiques(4hom,,

2 fem.).

3 cas d’agitation maniaque chez des idiots (1 bom., 2fem.).

1 cas iFepilepsie (homme).

1 cas d’hysterie (femme).

Sur ces 34 malades, 2 seulement avaient de la fievre ; Tun etait atteint de delirium tremens, et en nfeme temps phthisique ; l’autre etait une femme en couches, quimourut a la suite d'-accidents septicemiques. En outre de cette femme qui a succombe, deux autres des sujets traites par le chloral sont morts, un paralytique atteint de maladie chronique de Bright, et une femme atteinte de nfelancolie avec agitation, qui siiccomba a une bronchite. En tout

3 decSs. Les trois autopsies ont ete faites.

Le chloral a ete donne a des doses tres-variees, depuis 50 centigrammes par heure, jusqu’a 2, 4, 6, 7, et meme

36 SDH L’ ACTION THERAPEOTIQliiS

8 grammes-par heure et.en une fois. Toujours les premie¬ res doses ont ete bien acceptees par les malades ; on donnait le medicament indifleremment dans de l’eau avec ou sans sirop, dans du vin, de la bi&re, ou mdme en solution tres- concentree dans la soupe de midi ou du soir ; ces divers modes d’administration n’ont paru modifier en rien l’action du medicament. Mais, aprfcs un certain nombre de doses administers comme nous venons de le dire, la plupart des malades montraient une repugnance invincible, de facon que, dans certains cas, 1’usage du chloral a Me suspendu, et que dans d’autres, ou Ton voulait h tout prix obtenir du calme et du sommeil, on add en faire ^application au moyen de la sonde oesophagienne ou par la muqueuse na- sale. Mais ce dernier mode d’administration a bientot Me abandonnM parce que, d’une part, il avait produit des Mernuments tres-forts et tres-prolongM , et que, d’un autre c&te; chez la femme qui- avait succombe avec des symptomes septicemiques dans l’etat puerperal, l’autopsie montra dans les fosses nasales une grande quantite de flo- cons muco-purulents, d’un gris jaunatre, et sur la mu¬ queuse qui tapisse la partie poslerieure du voile du palais et les parties latMales du pharynx, qui etait fortement injectee, on trouva un certain nombre de plaques diphthe- ritiques grisdtres. (Cette malade, qui avait ddjd pris trois grammes de chloral avant d'entrer d l’hdpital, prit en neuf jours a la Charite 29 grammes 50 du medicament.) La mu¬ queuse du fond de Testomac et de la region du pylore Mait d’un rouge vif et gonflee ; elle presentait un' certain nombre de petits foyers h6morrhagiques. Les memes lesions se trou- vaient dans le duodenum et ne cessaient qu’a la partie in- ferieure de 1’ileum. Pour nous, nous nous sommes demande d’abord si ces. lesions n’Maient pas dues a l’action irritante et locale du chloral; mais, les rapprochant des resultats four- nis par les deux autres sujets qui ont succombe et dont l’autopsie a etd faite, et dont Tun avait eu une diphtherite

37

EE L’HYDRATE DE CHLORAL.

terrace de la muqueuse rectale, avant de prendre le chloral, etchez.qui l’intestin tout entier fut trouve parfaitement normal a l'autopsie, nous avons conclu que ces differentes lesions tenaient plutSt a la maladie generate & laquelle ces individus avaient succombe, et, sauf la suppuration des fosses nasales, n’etaient point dues au chloral.

Quoi qu’ilen soit, nous preferons maintenant administrer le chloral aussi diiue que possible et additional d’une sub¬ stance qui masque son goflt amer et apre. Ce qui reussit le mieux sous ce rapport, c’est uue decoction de guiinauve additionnee de sue de reglisse.

En dehors d’un peu de lourdeur de t&te, dont quelques malades un peu sensibles se sont plajnts, le chloral n’en- traine apres son administration aucun symptdme fheheux, ni douleur d’estomac, ni perte d’appetit, ni vomissements, si ce n’est quelquefois, lorsque les doses^sont prises k inter¬ vals trop courts.

Dans la presque totality de nos experiences, nous avons pu verifier les proprietes hypnotiques de l’hydrate de chlo¬ ral, et mSme apres plusieurs semaines de l’usage continu de ce medicament, il n5a pas ete necessaire, pour obtenir le sommeil, d’augraenter les doses qui suffisaient pour le pro- voquer au debut (de 4 a 5 grammes). Nous n’avons vu qu’une seule malade, une maniaque, resister d’une facon presque absolue a une dose de 5 grammes ; elle fermait, il est vrai, les yeux pour un moment, mais le moindre bruit la reveillait ; puis pendant une heure environ, elle disait de temps a autre quelque phrase a demi voix, et peu a peu elle retombait dans son agitation ordinaire. Toutefois, sous le rapport de la rapidite d’action, l’hydrate de chloral s’est montre reellement inferieur a la morphine que, depuis un certain nombre d’annees, nous employons souvent h haute dose dans les memescirconstances, et que nous avons expe- rimentee par comparaison sur les individus que nous avons soumis a l’usage du chloral ; nous l’avons m6me parfois

38 sur l’actiom thekapeutique

tvoave inferieur au chloroforme, que nous avions precedem- ment essaye dans quelques cas desesperes, etque nous avons administre de nouveau cliez les memes individus pour en comparer les resultats.

Au contraire, pour ce qui est de la dur6e du narcotisine, le chloral Femporte m&me sur la morphine associee au chloroforme, soit que l’on injecte d’abord la morphine sous la peau de l’individu et qu’on lui donne ensuite le chloro¬ forme, ainsi que nous l’avons rapporte dans la brochure de M. Liebreich, soit que, comme le conseille Claude Bernard, on narcotise d’abord profondement le malade en lui admi- nistrant jusqu’a 3 centigrammes de morphine et qu’on le chloroforme ensuite. Ordinairement, il ne s’est pas passe plus d’une demi-heure entre l’administration du medica¬ ment et le moment ou il agit : rarement il s’est produit un intervalle de deux a trois heures.

, En general, comme on devait s’y attendre par avance, des doses plus fortes de chloral amenent plus rapidement le sommeil qui est aussi plus prolonge. Il n’en a cependant pas toujours 6te ainsi, mfeme chez les memes individus* et celasans qu’on put entrouver le motif. Chez des personnes de constitution faihle et en particulier chez des sujets ner- veux, nous avons vu parfois une dose de 4 grammes pro- duire une action foudroyante et determiner en 5 a 1 0 mi¬ nutes un sommeil semblable a la mort, tandis que des in¬ dividus robustes supportaient des doses plus fortes. Toutes choses egales d’ailleurs, les sujets alcoolises et les mania- ques out besoin de doses plus elevees que les meiancoliques et les paralytiques. C’est pour ceia que, aux malades de la derniere categorie et a ceux de constitution faible, nous avons donne l’hydrate de chloral a dose refractee, c’est-a- dire qu’ils prenaient la plus grosse moitie de la dose, efivl- rou 3 grammes en une fois, et le reste environ une demi- heure apres.

Une fois sortis de leur sommeil, la plupart des malades

M3 LJHTDRAT13 DE CHLORAL. 39

se trouvaient exactement dans le mdme etat qu’auparavant ; les maniaques criaient, les melancoliques se lamentaieqt tout autaqf, quelqqefpig meme plug violemment encore qi^’ils ne le faisaient avant. Nous n’avons pas remarque que les fortes doses exercassent une action sedative.

Mais, pour ce qui est des petites doses, auxquelles M. Liebreicli accorde une vertu sedative, nous avons trouve, nous,, qu’elles sont completement sans action.

Dans une meme journee, nous avons donne a 8 malades agites tantot \ gr. de chloral toutes les 2 heures, tantfit 50 centigr. toutes les heures :

W...? manie puerpdi'ale, crie nuit et jopr, elle prend 4 doses de 1 gr. de deux en dpux heures. Le visage pst beau- coiip plus rouge; on ne peut apercevoir d’aillpurs aueune trace d’action du medicament. On est oblige d’en cesser l'u- sage, parce que la malade s’y refuse avec une violence ex¬ treme,

F,.., mania, tyldmes dpges administrdes de la mfime fagon. La malade n’en parait que plus excitde.

E..., prend 2 jours de suite 1 gr. toutes les heures ; une seule fois, pendant ce temps, on l’a vue, faligude, poser sa tete gur la table. Lps 2 jours suivants, elle prend 4/2 gramme f.outes les heures et pendant tout ce temps, elle est plus bruyante et plus violente que jamais.

St. ., manie, aprSs 4 doses de t gramme, donndes d’heure en heure, ne prdsente pas le moindre changement.

H..., maniaque paralytique. 11 prend pendant 2 jours, d’heure en heure, des doses de 4 gramme chacune, en tout 42 grammes de chloral. Visage rouge; il bavarde et crie sans relache, pleure el rit tour a lour et est dans un dtat de mou- vement constant.

L...; ce malade, qui habituellement n’avait monlrfi qu’une agitation moddrde, se Irouvail, aprds avoir pris les memes doses et de la meme maniere que le prdcddent, dans un veri¬ table etat de fureur. II epurait ca et la le visage rouge et les yeux brillants, il priait, ne voulait prendre aueune nourrilure, et menacait tout le nionde, de maniere qu’il devint urgent de l’isoler de nouveau.

S. . . , paralytique, trfeamaigri, parlant jour et nuit d’une

40 sur i/action therapeutique

faeon a peu prSs incessante. Memes doses. Le jour il ne prd- sente a peu pr&s aucun changement, le soir il s’endort et passe la nuit plus calme .

M..., mdlancolique, dtat d’anxidtd profonde. M times doses. 11 accuse de la lassitude ; mais son dtat mental est emo¬ lument le meme .

De ces experiences, qui ont dte faites egalement sur d’autres malades, il resulte pour nous que I’hydrate de chlo¬ ral a petit es doses, loin d'exercer une action sedative, agit au contraire comme excitant.

Dans le fail, cela s’accorde arec ce que nous savons du chloroforme ; comme celui-ci, l’hydrate de chloral, d’apres M. Liebreich, se repand peu a pen dans Forganisme et ar¬ rive progressivement aussi & produire son action. Le chloro¬ forme, on le sail, determine tout d’abord une periode d’ex- citation qui se traduit par une surexcitation psychique, le retrecissement des pupilles, la rougeur du visage et s’ac- compagne parfois de mouvements convulsifs des extremites. A cet etat succ&de bientot une periode desommeiletde nar- cotisme, pendant laquelle la pupille se dilate lentement et d’une fason moderee, et enfin cette periode fait place d celle de l’asphyxie qui s’accompagne d’une forte dilatation pupillaire. Avec l’hydrate de chloral, je n’ai jamais, quant a moi, reconnu une excitation psychique a proprement parler, ni de mouvements convulsifs ; j’ai vu au contraire presque constamment un retrecisement extrdmement fort des pupilles, qui etait generalement en proportion inverse des quantites de chloral ingerees. La pupille se contractait normalement en raison de sa faculte de reaction contre la lumiere. En appliquant une irritation exterieure, en piquant la peau par exemple avec une aiguille, la peau du nez en particulier ; en aspergeant la figure avec de l'eau froide et mdme en criant fort dans l’oreille del’individu soumis au chloral, ainsi que le professeur Westphal l’a decrit pour le sommeil chloroformique, j’aj vu, dgns quelques cas,

DE [/HYDRATE

CHLORAL.

u

une enorme dilatation des pupilles qui, des que limitation dfait supprimde, revenaient aleur etroitesse primitive. Chez le plus grand nombre des malades on a vu ainsi, peu de temps apres I’ad ministration da chloral, le visage devenir rouge et quelquefois m&me se couvrir de sueur. £hez deux femmes, j’ai vu un erytheme rouge clair se produire su- bitement sur une grande etendue du corps, erytheme qui disparut aussi rapidement qu’il s’etaitmontre.

Le chloral administre a fortes doses produirait done une partie.se'ulement des phenomenes que l’on observe dans la periode d’excjtation du chloroforme.

II existe done aussi dans l’administration de Thydrate de chloral une periode d’excitation, bien qu’elle soit moins frappante par le fait de la suppression du symptome fourni par le sensorium.

Ce fait, M. H. Liebreich l’explique par le mode particulier dont le chloral s’introduit dans l’organisme, contrairement au chloroforme qui, par son action caustique et irritante sur les poumons, determine l’exaltation psychique dans la pre¬ miere periode. Cependant, tout en admettant que, dans l’administration du chloroforme, une part de ^excitation psychique revient reellement a l’irritation que le liquide excerce sur les poumons, il faut cependant, ici comme pour toutes lessortes d’alcoolsetd’elhers, prendre surtout en con¬ sideration la quantite de la dose administree. Pour toutes ces substances, nous savons que prises en petites quantites, elles agissent d’une facon irritante sur le sensorium, et que, k plus forte doses, elles produisent le narcotisrue. 11 en est de meme du chloroforme, ainsi que de l’hydrate de chloral, qui dans le fait, u’agit que comme un chloroforme qui aurait ete introduit d’une maaiere moins irritante dans la circulation.

Quand on administre une certaine quantite d’hydrate de chloral qui degage une quantite de chloroforme sullisante pour produire l’action hypnotique chez un individu, le som- meil survient aussi rapidement peut-etre, pareeque les par-

sun l’acctio.n theiupeutique

ties de l’hydrate de chloral qui se trouvent en contact avec. l’alpali libre du sang sont plus vile decomposees que Jes pair ties suivaptes qui repcontrent nioins d?alcali.^ Quand op donne de fortes doses de chloral, une plus grande quanfite de chloroforine se degage et peut agir ; le sommeil et l’a= pesthesie peuvent alors atteindre un plushaut degre. Enfin, en donpant de pelites doses de chloral, qui ne degagent pas une quantite suffisante de chlqroforme pour determiner le sommeil, nous avons vu se produire les symptomes, que de- veloppe radjninistration dp chlroforme k faibles doses, c’est-a-dire l’excitation psychique, ainsi que le demontrent les huit observations que nous avons analvsees plus haut. IL me parait utile de rappeler ici oette circonstance : que, rndme pendant le sommeil complet et l’anesthesie a pep pr&s complete, les pupilles conservent longtemps encore leur ptroitesse, et ce fait, que nous avpps observe, a sayoir que, apres l’usage prolong^ de ce medicament, }es pupilles dimir nuenf dp largeur pendant un temps pssez long et que, par exemple, des per sonnes qui antepienrement ayaiept les pu- pijles dilutees presque an maximum, les on}, apres 1-usage dn chloral, conservees longtemps encore heaucoup plus etpoites qu'elles ne les ayaient antepieurement.

Avec de fprtes. doses (6, 7, 8 grammes), surtout prises rar pidement PU eU uue seule fois, la resolution de tout le sysfnmp musculaire n jatteint jjq tres^haut degrd.

Les membres etaient mous et pendants, la m&choire inferieure tpmhait et laissait labppche largement ouverte, la tete retombait en avant, le menton touchant la poitrine, et s'incliuait dp cote ou l5on dirigeait le tronc; elle semblait mfime avoir perdu toute attache avec la colonne vertebrale.

Toute manifestation de doulepr, tout mouvement reflexe avaient disparu, bien que l’on piquet profondement les points les plus sensibles de la peau du tronc et des mem¬ bres; on pouvait nteme toucher la cornee avec la tete d'unn epjngte sans proypquer le pioindre. eflet. Un seal

UK L 'HYDRATE DE CHLORAL

43

point, la cloison du nez, semblait avoir conserve jusqu’a un certain point sa sensibilite; car en la piquant profondement et dnergiquement , on voyait quelques contractions de la figure. Dans les cas ou. l’on ne pouvait mfeme plus observer ces contractions a cause de la profondeur du narcotisme, j’ai remarque un autre phenomene que je veux signaler ici. Lorsque la respiration 6tait devenue irreguliere et superfl- cielle, une piqure faite energiquement dans la cloison du nez etait bientot suivie d’une inspiration profonde apres laqnelle la respiration devenait regulibre et plus libre. En general, la respiration semble etre assez vite influencee par I’hydrate de chloral. En effet, souvent la respiration etait d6ja devenue reguliere et profonde, comme chez un indi- vidu qui dort, tandis que les yeux commencaient seulement a 61, re' fixes, et que l’expression du visage n’dtait encore qu’indiff Create et un peu somnolente; mais le sommeil ne se produisait reellement qu’apres un certain temps encore, Pendant le narcotisme, nous n’avons ordinairement ob¬ serve qu’une diminution insignifiante du nombre des in¬ spirations. Toutefois nous devons dire qu’il nous a et6 tres- difficile d’arriver a des resultats certains pour les malades agites chez qui, d’ailleurs, on n’avait mdme pas pu constater souvent le nombre deg inspirations avant l’administration de l’hydrate de, chloral. Les monies difficulty se sont mon¬ trees pour I’observation du pouls; dans quelques cas cepen- dant, nous avons pu constater, avec certitude, que la frer quence des pulsations augmentait un peu dans un court espace de temps apres ^administration du medicament, qu’elle diminuait pendant la periode de narcotisme, et que vers la fin de cette periode, le pouls reprenait, a peu de chose pres, la frequence qu’il avait avant que le malade ne prit le chloral. Nous n’avons observe une diminution consi¬ derable du nombre des pulsations que chez quelques sujets atleints de manie chronique, et a la suite de l’adminis- tration d’une dose de 5 gr. d’bydrate de chlpral, qui avait

44 SUR L* ACTION THERAPEUTIQCE

amene le sommeil dans l’espace de 35 minutes ; le pouls etait en meme temps si petit chez ces malades, que noug avons du les reveiller et leur donner de suite nn medica¬ ment excitant. Leur pouls etait a 40-44; apres qu’on les eut eveilies, il battait de 48 a 52 par minute ; les traits du visage etaient profondement affaisses et les extremites etaient froides. La temperature du corps, mesuree a diffe- rentes reprises, pendant toute la duree du narcotisme, avec un thermometre place dans le creux de l’aisselle, nous a paru 6tre peu influencee par I’usage de l’hydrate de chloral. En general, elle tombait de quelques dixiemes de degre au debut du sommeil, puis elle se maintenait d’une facon constante ou diminuait encore, mais d’une maniere a peu pres insensible pendant le narcotisme ; puis au moment du reveil, elle remontait a son chiffre anterieur.

Dans un cas cependant, que nous relaterons plus loin, il y a eu une difference de 2°,1 .

Nous allons maintenant passer rapidement en revue les resultats que le chlor,al a fournis dans les differentes formes mentales, et donner une esquisse aussi breve que possible, des faits les plus interessants.

Delirium tremens.

Sur les 40 alcooliques traites par le chloral, 8 avaient eu a differentes reprises des convulsions epilepliques que nous avons observees dans l’hopital meme, ou qui nous ont ete decrites par les malades apres leur guerison ou par leurs parents, de facon qu’il n’y a pas de doute a avoir sur la realite de ces convulsions. Comme on sait que cette compli¬ cation, qui augmente beaucoup la gravite du delirium tre¬ mens, est tres-defavorable, nous avons de suite donne l’by- drate de chloral a fortes doses. Nous avons commence par 4 grammes : cette dose est restee completement sans effet chez 2 malades; chez un troisieme, elle a amene du narco-

DE L’HYDRATE DE CHLORAL 45

1,isme et le delire a ete momentanement suspendu, mais comme il est revenu apres quelques jours aussi violent qu’auparavanf, j’ai porte la dose a 5 et 6 grammes. To.utefois, comme chez quelques malades, le resultat obtenu ne durait que quelques heures, il fallut donner de nouvelles doses. Ainsi un raalade prit en 6 heures, 42 gr. d’hydrate de chloral en 2 doses, une de 7 gr. et une seconde de 5 gr.; un autre en prit une dose encore plus elevee en une seule fois. * Mais il est preferable de donner le medicament a dose refractee ; les malades peuvent de cetle facon en supporter des quantites infiniment plus fortes, sans le moindre dan¬ ger. Un ivrogne, qui est aujourd'hui gueri , etait attaint pour la cinquieine fois de delirium tremens; il prit en 2 heures 6 gr. d’abord, puis 4 gr. de chloral. Aprhs 4 heures 1/4 de sommeil, nouvelle agitation ; 3 heures 4/2 apres le reveil, 6 gr., que le malade rendit presque immediatement. Une heure apres, on lui donne de nouveau 6 gr. ; au bout d’un quart d’heure, il s’endort et reste 9 heures dans le narcotisme; en se reveillant, le malade etait calme, avait l’esprit net et ouvert; le dblire avait completement cesse.

L’hydrate de chloral s’est montre, dans tous les cas de delirium tremens sans exception, un remede souverain ; il diminue generalement de beaucoup la duree du delire et par consequent le danger que Tagitation fait courir aux malades et k leur entourage. Nous pouvons d’autant mieux nous former une opinion concluante sur les resultats de l’hydrate de chloral dans cette ihaladie, que quelques-uus des malades que nous avons traites par ce medicament avaient ete admis plusieurs fois a 1’hdpital de la Charite pour les memes conceptions delirantes et que nous avons pu ainsi comparer la dUree du traitement.

Observation 4. J. G..., 41 ans, boulanger, tr§s-robuste, excellente constitution, admis le 23 juillel, pour la 3' fois de cette aiinde seulement, pour delirium tremens. A une de ses admissions anterieures, il avait eu des convulsions dpilepli-

46 SUR l’ action tuerapeutique

ques. Depuis sa gudrison, il s’est plusieurs fois trouvfi dans un dtat de surexcitation, dont il ne conserve aucun souvenir. II boil depuis 25 ans, surtout du kummel avec 'du rhum, 4 livre et plus pal’ joiir.

Admis a 6 hi du soir, dans un dtat de delire complete avee grande agitation. A 6 hi 1/i, il se couche et prend 6 gr. d’hy- drate de chloral dans de la biere. Au bout de 40 minutes , il s’endort ; il sc reveille vers minuit, se plaignant de iourdeur de tdte; il demande de l’eau, la boit et se rendort jusqu’a 3 h. dti matin.

Le 27, le malade est tout a fait calme, mais son Iangage est compldtement desordonnO; on le met au lit a 11 h. 20 du matin.

A 11 h. 25, temperature 37°, 8; respiration 24, pouls 96; pupilles d’une dilatation moyenne et rdagissant bien. Il avale d’un seul trait, comme de l’edu-de-vie, Une Solution de 6 gr. d’hydrate de chloral dans de l’eau.

A 11 h. 33; lempdralure 37°8; respiration 24; pouls 96, Le visage commence a rougir fortement ; le malade parle d’une fagon inintelligible comme cela arrive dans le delire de la G&vre.

All h. 35, la respiration s’accompagne de rouflements, lies pupilles sent retrecies au diainStre d’une tdte d’dpingle .

11 h. 40, somineil ; respiration a 36 ; pouls A 108. Le malade, pique fortement avec une aiguille, fail quelques mouvemeiits pour fuir la piqure, mais il ne se reveille pas.

11 h. 50, temperature 37°, 5; pouls 96; respiration irrdgu- lihre, 30, 36, 42 a la miniile. La cornee et le corps entier sont cdmpieteinent insensibles; le inalade eternue quand on piqUe fortement la cloison du nez .

12 h. ; le malade est en sue.ur; respiration reguliere a 42 ; pouls a 96.

2 h., temperature, 36°, 7.

2 h. 25, il sfe reveille, reste tranquille jusqu'a 3 heures, puis se rendort tranquillement .

4 h., temperature, 36°, 9.

Puis, il dort toute la nuit jusqu’au matin* Au rdveil il est calme, a ses idees neltes et on le garde le jour suivant seule- ment pour l’observer.

Le traitenient n’a done dur4 que 2 jours, tandis qu‘il en avait dure 8 en mai, 6 en janvier, 12 en mai 1868.

Observation 2. A. G.,., 35 airs, marchand do poisSoiis.

DE l'HTDRATE DE CHLORAL

47

Depuis 18 ans qu’il boil, il a eu 5 fois des attaques d’epilepsie et dli delirium tremens. Lors de son admission, il est assez dalme d'esprit, inais en proie a. un fort tremblement,_ il ne dort pas depuis deux nuits et est forL inquiet parce qu’il voit autour de lui des figures Otrangeres, des animaux, des oiseaux, etc.

A 11 h. 30, temperature' 38°, 2 ; respiration 36 ; pouls 132. Il prend 7 gr. de chltirai dans de la biere.

All h . 48, sommeil. Le visage est tres-rouge et couvert de sueur; les pupilles se relrdcissent considdrablement. Pouls 120 ; respiration 36. Au moment ou l’on veut prendre le lllermometre qu’on avait place sous l’aisselle, le malade se re¬ veille; bientut apres, il se rendort.

A 2 h., temperature 36°, 5. Le corps entier est forlemeht couvert de sueur,

A 2 h, 30, le malade s’eveille, mais il est calme.

4 h., temperature 36°, 6.

8 h. 80, agitation; on donne de nouveau 8 gr. de chloral avee du sirop d’orange.

De 6 h. 18 du soir jusqu’A 3 h. 1/2 du matin, le malade dort sans s’eveiller.

Le lendemain , le malade etait parfaitement bien ^ id des nettes, pas d’agitation ; il avait seulement encore un fort tremblement qui a disparu le 3e .jour.

Observation 3. G. S. . ., journalier, 47 ans. Il boit depuis sa jeunesse, assez irritable et querelleur; a deja eu une fois le delirium tremens. Depuis 3 ans, il a presque lous ies mois un

acces de convulsions dpileptiques. .

Admis le soir, il est dans un etat de delire complel, veut boxer les infirmiers, Crie, divague, etc.

Douche a 7 h. 30, il prend 8 gr. de chloral.

A H h. 35, pouls A 88 (difficile a cOmpter a cause de l’agita- tion). Il crie tout it coup : « Tout danse autour de inoi, ou vous, oU le lit, cependiinl la fendtre ne bouge pas, etc. . . » Ses yeux sbfit detni-ferines, il oscille de droite et de gauche sur son lit.

A 7 h. 40, il retombe sur son lit fet s’eiidOft, pouls indgal a 132. Visage roilge, pupilles etroites,

A 8 h., on le pique, il se reveille et ddlire comme avant ; il se croit chez lui, etc.

bien tot il se rendort jusqu'a b h. du matin; il reste quelques instants eveilld 0t s’endort de nouveau jusqu’il 8 hi 1/2.

A 9 h . , il etait parfaitement calme, reconnaissait qu’il etait

■is sdr l’action therapeotique

dans un hopital et disait que la veille il avait eu des hallucina¬ tions et avait vu des animaux ;’ maig dcs rdves qu’il avait eus pendant le sommeil produit par le chloral, il ne se rappelait absolument rien.

Observation 4. 0. G..., 4b ans, photographe. Recu le 26 juillet, ddlire, bavardage, etci, tremblement tres-fort. Depuis 23 ans, il boit chaque jour une livre de kummel et de rhum. Il y a 8 ans, il a essayd de s’empoisonner avec le cyanure de potassium. Depuis un an, ses travaux de photo¬ graphic l’obligent a se servir beaucoup de cyanure et de su¬ blime ; depuis cette dpoque il a un fort tremblement dans les membres, et a eu a differentes reprises des convulsions dpilep- tiques.

A midi 1b, il prend 8 gr. de chloral en une dose. Au bout de b minutes, sueur gdndrale abondante, figure rouge. Les yeux se tournent en haul, les pupilles tres-dlroiles; l’individu tombe comme inanimd. Pouls 120, respiration 36.

Midi 2b; les pupilles tres-dtroites, rdagissent bien. La res¬ piration est difficile, le malade tient la bouehe largement ou verts. La figure est ldg&rement cyanosde ; la langue relombe en ari;iere; les inspirations varient de 24 it 30 et 36 par minute, parfois elles s’arretent pour un moment.

Dne forte piqure sur la muqueuse nasale am&ne une inspi¬ ration profonde suivie bientot de plusieurs aulres; en mSme temps, les pupilles se dilatent. Pouls 108, faible. L’anes- thdsie est complete.

Midi 40; on redresse le malade sur son lit, on lui tient la tete, on lire la langue en avanl et on pique fortemenl la mu¬ queuse nasale. L’individu ne manifesle aucune douleur, mais k chaque piqure, la respiration est plus profonde et les pupilles se dilatent.

Midi bb. Respiration rdgulidre. Pouls a 108, relevd.

1 h. Le sang prdsente absolument le meme aspect que celui d’une personne bien portante. La rougeurdu visage diminue. Pouls a 108. Respiration a 22.

3 h. Le sommeil est tres-naturel. Temperature 37«,8.

Le malade, rdveilld vers minuit et demi, se rendort vers 2'h. et ne s’dveille qu’a 7 h. 1/2 du matin.

Le 27, amelioration considerable; il bavarde encore, mais il fait des rdponses sensdes. Il se plaint de mal de tele et d’envie de dormir.

49

DE l’HYDUATE DE CHLOBAL.

Dans le courant de la journde, le dilire cesse compldtement, mais le trerablement des membres persiste a un degrd modirg,

Melancolie.

Nous avons’deja dit que l’hydrate de chloral donn4 4 dose hypnotique a des snjets atteints de melancolie agitde n’avait amene aucun changement dans la disposition de leur esprit, et que donne 4 petite dose, il n’avait produit absolument aucun effet. Dans deux cas meme, il semble y avoir eu une certaine aggravation, produite sans doute par quelque malaise physique resultant du narcotisme lui- mfeme, tel que de l’embarras et de la lourdeur de tfete. L'un de ces deux cas est celui d’une femme Bernslein citd par M. Liebreich (obs. XVII), chez qui les symptomes domi¬ nants de la maladie, qui durait depuis 9 mois, Slaient une insomnie opini&tre et un sentiment d’anxiete qui l’obsddait d’une facou persistante. Des que cette femme sortait du sommeil que le chloral lui avait procure, le sentiment d’anxiete augmentait et elle ressentait un tiraillement dou¬ loureux allant du ventre et dela region du coeur vers la tete, ou bien il lui semhlait que son cou et sa tete etaient gonfles Alors elle se plaignait, disant qu’elle allait mourir, se la- mentait sur le sort de ses enfants, s’arrachait les cheveux, sefrappait avec les poings et essayait de se briser lat&te sur les murs. Personne ue pouvait lui adresser la parole, et des qu’elle apercevait un des m6decins, elle lesuppliait sans cesse de lui faire une injection de morphine, ce qui etait ia seule chose qui lui donnSt un peu de repos. Et dans le fait, apres l’injeotion, elle dtait sur son lit tranquille au moins pour quelques heures-, puisle sommeil cessant, l’agitalion revenait. Cette malade etait tellement persuadee que l’hy- drate de chloral lui etait nuisible, que plusieurs fois elle refusa absolument de prendre sa dose le soir, si desirable que put fetre d’ailleurs le sommeil qu’elle lui aurait procure ; nous lui accordances sa demande, d’autant mieux que nous psych. &■ sirie, t. m. Janvier 1870. 4.

ANNA1. MED.-l

Ko SUR l’action therapeutique

pumes ainsi nous convaincre que l’aggravation dont nous avons parte n’etait pas identique a l’exacerbation que hon observe assez souvent le matin chez les ntelancoliques. Bien qu’elle eut pris la preparation de chloral pet) dan t plusieurs semaines, bien que chaque dose amenat le sommeil, comme il n’en resulta aucune trace d’kntelioration durable, nous dumes fenvoyer cette femme non guerie.

II est done bien ‘certain que l’hydrate de chloral ne nous a donne dans Ie t'raitement de la melancolie que des resul- tats nuls ou nteme defavof kales'; nous devons dire cepen- dant que chez une femme qiii etait at'teinte de melancolie avec 'insomhie, le chloral a cu de bons effets et a diminue d'une maniere notable laduree de la maladie. J’ajouterai que pette femme avait ete conduife a Thopftal des 'le ddbut de sa vesanie. Aussi me semb'le-t-il tres-imporlant de dis- ’tinguer a quelle Apoqlie d’une maladie mentale et en pabti- ‘culierde la melancolie, letraifementparrbydratede chloral a ete commence.

Observation. A. H..., 48 ans, femme d’un menuisier, enltre a 1’Hopital le '4 9 juillel au soir, atleinte de melancolie dont le ddbul reihOnte & peu de jours. Maride depuis 28 ans, elle a eu 11 enfants dont 6 sont vivants.

Dans sa famille il n’y a pas de maladies nerveuses. Il y a 21 ans, elle a eu une fievre nerveuse, et depuis lors elle est siijette a des douleurs d’estomac et a de la constipation.

InfCctee jadis par sdh ihafi, elle a fait un traitement mer- curiel. Mais il y a 6 ans, les accidents ont reparu, et a la suite d’un ozene persistant, elle a eu une perforation de la voute palatine.

Il y a 9 semaines, sans doute a la suite d’un Idger refroidis- sement a la Dn de ses regies, il lui survint de vives douleurs dans 1’ceil gauche et elle remarqua qu’elle voyait mal de cet mil; la faiblessC de la vue augmentant, elle cobsulta plusiedrs mddecins dont Tun ordonna l’iodure de potassium, el un autre ci'ut a une maladie simulCe. , ,

Au commencement de juillet, elle devint agitdq, allant et venant sans but, etc... L’agitatiOn augmeiila de jour en joUr,

PE LjHypRATE DE CHLORAL. 5,1

le sommeil devint nul, la malade voulait se tuer et refusail, toute-nourriture, craignant d’avaler l’obturateur qu’elle portait dans sa bouche.

Le 19 juillet, elle entre a l’hopital, prdsentant tous les symp- t6mes de la mdlancolie. Elle se plaint d’iune sdcheresse de la gorge en raison de laquelle elle doit mourir de faim. L’exa- men physique ne fait reconnailre aucune maladie en dehors de la syphilis. Pas trace de paralysie ni dans les muscles de la face, ni dans les membres, aucun trouble de la sensibility. L’examen ophthalmoscopique meme est ndgatif, bien que la malade prdteude ne pas pouvoir compter les doigts a un demi- pouce de distance .

Diagnostic : mdlancolie chez une femme atleinte de syphilis. —Du 19 au 26 juillet, la malade prit chaque soir 4 gr. d’hydrate de chloral et chaque fois au bout d’liii quart d’heure ou d’une demii-heure, on obtenait un bon. sommeil qui diirait jusqu?a 6 ou 7 heures du matin. De plus on pratiqua 6 fois, dans des moments de forte agitation, des injections sous-cutandes avec la morphine. La gudrison marche rapidement. A dater du 26 juillet, la malade dort sans prendre aucun mddicament. Ala fin de juillet son obturateur se brise, il en rdsulte une aggra- Tation qui disparatt des qu’un nouvel obturateur est appliqud. Le 22 aout, la gudrison dtait complete.

Yoila done un cas de melancolie rapidement gueri par l’hydrate de chloral, dans un espace de 4 semaines aprds l’admission de la malade a Thopital et de 6 semaines apres le debut.de la maladie. 11 serait interessaut d’ observer Tac¬ tion de ce medicament administre dans d’autres cas des le :debut ; rarement, il est vrai, nous avons l’occasion de voir des mdlancoliques peu de temps apres Tinvasion de 'la maladie, mais dans la pratique ’Civile on pourrait sans doute obtenir de bqns resultats en Tadministrant a une epoque ou Tinsomnie est le principal phenomene dont se plaignent les malades que les families gardent longtemps encore, parce que les desordres intellectuels sont peu accuses.

52

SUR L’ ACTION THERAJEUTIQDE

Manie.

A quelque forme de manie que I’on ait affaire, a une manie aigue ou ii des acces de manie chez un paralylique, les resultats fournis par 1’hydrate de chloral sent lea m&mes.

Les fortes doses amenent du sommeil, les petites doses produisent de l’excitation chez les maniaques; mais mfime les fortes doses, prolongees longtemps, ne modifient en rien la forme ni la marche ulterieure de la maladie.

Ayant remarque que chez les maniaques forts et robustes, les plus fortes doses m£me n’amenaient qu’un sommeil de quelques heures seulement, j’ai cherche a prolonger la du- ree du sommeil en leur pratiquant une injection sous-cu- tanee de 2 ou 3 centigrammes de morphine, soit des le re¬ veil, soil, pendant le narcotisme produit par le chloral. Je n’ai pas constate le moindre r6sultat de cette medication.

Par contr'e, il m’a sembl4 que l’usage prolonge du chio- ral associe a de petites doses de morphine agissait comme sedatif. Trois maniaques ont ete traitees de cette facon; voici les resultats que nous avons observes :

t. F... prend, le <9 el le 20 aofit, d’abord d’heure en heure, puis toutes les deux heures, 42 doses de 1/2 gramme de chloral avec 1 centigr. de morphine. Elle est beaucoup plus calme le jour, mais la nuit elle est agilde comme a l’ordinaire.

2. E... prend les m times doses et d’e la meme manibre. Elle a <5td si Lien calmde a pres ces deux jours, qu'elle put com- mencer a tricoter, taridis qu’avanl, elle bavardail sans cesse et ne pouvait s’occuper de rien.

3. W. . . prend dans la journde du 20 aofit 8 doses de 4 gr. de chloral avec 1 centigr. de morphine.

La malade est beaucoup plus calme; mais elle s’agile encore quand on lui parle.

Malheureusement, l’hydrate de chloral est venu a man- quer completement a Berlin dans ces derniers temps, de

DE L'HYDRATE DE CHLORAL.

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sorte que nous n’avons pas pu continuer nos essais pour arriver tides resul tats d’une certitude complete. Quand bien mSme la reprise des experiences donnerait quelques resul¬ tats negatifs au point de vue de l’action sedative du melange de chloral et de morphine, il n’en serait pas moins demon- tr6 que l’hydrate de chloral est un medicament utile dans le traitement des 6tats d’excitation de tout genre et en par- ticulier des diverses formes de la manie. Si Taction physio- logique et la valeur therapeutique de l’hydrate de chloral se confirmaient, ce serait la une derniere et eclatante solu¬ tion d’une question grave qui a taut occupe les mSdecins aliertistes pendant ces dernieres annees, le non-restreint. En effet, les partisans des moyens de coercition pretendaient que dans certains cas de blessures, par exemple chez des alienes agilds, ou chez ceux qui cherchent opiniatrement h se blesser et a se tuer, il est absolument indispensable de recourir a l’emploi de ces moyens; aujourd’hui il n’est plus possible de soutenir une semblable allegation, quand on peut avec le chloral procurer du sommeil aux malades, comme nousl’avons observe nous-rneme chez une paralylique ma- niaque qui s’Stait casse un bras en tombant. Mais ce n’est pas tout, l’usage du chloral est egalement tres-utile dans les cas ou les moyens de coercition, mfeme les plus stricls, ne peuvent rien, par exemple chez les malades qui se frap- pent la t&e contre les murs ou contre leur lit, qui se mor¬ dent les levres, etc.

L’introduction de l’hydrate de chloral dans la therapeu¬ tique renidonc l’emploi des moyens de contrainte comple- tement inutile dans le traitement des alienes.

ET10L0GIE DU GOITRE

Par le Dr Daniel BRUNET

Dlrectenr-MMecin en.chef de l’Asile d’alidnds do Dijon.

(Notecommuniqu^e a FAcademie des sciences dans la seance du 6 novembre.)

Charge en 1 867 par la commission du goitre institute par le ministere de l’agriculture et du commerce, d'etudier cette affection dans la C6te-d’Or, j’en ai recueilli 120 obser¬ vations, desquelles il reshlte qu’elle debute le plus souvent par l’hypertrophie du lobe droit du corps thyroide, et que, quaiid l’hypertrophie envahit toute la glande, elle est ordinairement plus considerable sur le lobe droit que sur les deux autres.

J’ai cherche a expliqiler l'hypertrophie plus considerable du lobe droit par une gfene de la circulation veineuse plus grande dans ce lobe, ce qui me parait resulter des conside¬ rations anatomiques et phvsiologiques suivantes :

Les veines thyroidiennes se divisent en superieures et moyennes, qui se jettent dans la jugulaire interne, et en inferieures, qui aboutissent, celles du c6te droit, R l’angle de reunion des deux troncs veineux brachiocephaliques, tandis que celles du cote gauche se rendent dans le tronc veineux brachiocephalique correspondant, dont 1’incidence est perpehdictilaire k celle de la veine cave supSrieure. Le sang noir reflue done plus facilfment dans les veines thy¬ roidiennes inferieures droites, que dans celles du c6te gauche.

Le cours du sang ne me parait pas 6galement regulier dans les deux jugulaires internes. A l’etat de repos, le sang veineux du cou afflue plus facilement dans le cceur, du cOte droit que du cote gauche, le tronc veineux brochioce-

ETIOLO^E DU GO.I^RE.

phalique de ce cpte etant plus coqyt de yqpitie que l’autre, et se t^cuvant en outre presque dans la direction de lp vej'ne cave spperieure. Mais les mo.uvements musculaires, qui accdlerent la circulation veineuse, et augmentent la tension du sang noir dans les veines, etant habituellement plus considerables dans le bras droit que dans l'autre bras, il en rdsulte que la tension du sang est plus souvent aug- meptee dans la ve^e spus-clavie.re droite que dans cellp du c6te oppose, et que, par suite, la circulation veineuse doit etre plus souvent retardee dans la jugulaire qui forme ayec elle le tronc brachiocephaliqqe. De m&me, le reflex du saqg produit par la systole du, cceur, et par 1’expiration; se fait plus sentir dans, cettp j ugulaire que dans la gauche.

Le go, lire ^affecte..^^, ^e.prpfejpnc^j

c6te droit, si je m’en rapporte aux quelques observations consignees dans la clinique de Trousseau, et,cela s’explique encore mieux que pour le goitre simple, puisqu’il s’accom- pagne ordinairement d’une maladie dti coeur.

Si une legere difference dans la difficulte du retour du sang vers le cceur, suffit pour expliquer cette plus grande frequence d'un cote du goitre simple ou exophlhalmique, et je n’eni vois pas d’autre raison plausible, on comprend que l’hypertrophie du corps thyroide puisse etre produite par la tension des vaisseaux du cou, comme l’admettent le ge¬ neral Morin et le Dr Hahn.

Le goitre ine parait produit par la congestion du corps thyroide, que cette congestion soit due ft des causes locales, compression, refroidissement du cou, etc., ou.ades causes generaies telles que l’humidite, le defaut de renouvelle- ment de l’air, la mauvaise qualite des eaux par suite d’absence d’iode, d’une trop faible quantite de carbonates, de chlorures, etc., de la presence de sulfate de chaux, de matieres organiques, etc. Ces causes generaies toutes de nature debilitante, agissent en determinant une atonie des vaisseaux sanguins.

EfIOLOGIE DO GOITRE.

Le goitre, au debut, gu4rit facilement par ies excitants dusysteme circulatoire, telsque lesrevulsifssur le cou, qui activent la circulation de cette region, et par l’iode a I’in- terieur, qui excite la circulation generate. Les pommades iodees et la teinture d’iode, qui irritent la peau, et dont le principe actif est absorbe, constituent la meilleure medica¬ tion.

Quand le goitre a acquis un certain volume, ces moyens ne rdussissent plus, parce qn’alors il s'est forme des kystes dans son interieur, et qu’en comprimant les vaisseaux du cou, il tend a augmenter par le seul fait de son existence. II faut alors recourir au traitement chirurgical, injections irritantes dans les kystes, enucleation de ces kystes, extir¬ pation de toute la glande, par l54craseur lineaire, etc.

Midecine legale.

LES ALIENES ET LA PRESSE.

Affaire C...

Donner ses soins 4 des malades privds de raison est une t&che fort triste et souvent dangereuse, parce qu’en retour de ces soins les abends denaturant tout, travestissant tout, par le fait de leur ddlire ou de leurs hallucinations, font entendre les recriminations, les plaintes, les accusations les plus injustes et quelquefois les menaces les plus graves. Cette t&che nous l’acceptons, quelque penible qu’elle soit ; mais ce que nous ne pouvons accepter, c’est qu’une presse se disant l’dcho de l'opinion publique, prenne a la lettre, sans contrfile et avec une complaisance facbeuse,deslibelles diffamatoires.

A aucune dpoque le sort des alienes ne fnt l’objet d’une sollicitude plus grande; le nombre des guerisons s’est constamment accru, les proces-verbaux des conseils gdne- raux constatent les progres accomplis. Et cependant, depuis plus de six ans, la legislation sur les alienes, Pinstilution des asiles, le corps des medecins alienistes sont, dans la presse, l’objet d’altaques si ardentes et si passionnees que nous nous surprendrions a douter de nous-memes, si nous etions moins sftrs de nos intentions et de l’excellence de notre cause.

Nous a’avons ni la mission ni Pintention de rechercher si les journalistes sont toujours de bonne foi, s’ils apportent pn§ competence et pp pontrole suffisants dans Petude de

58" LES ALIENE3 ET LA ERESSE .

questions ardues ou la critique est si facile, ou les regies de la discretion professionnelle rendent aux mddecins la replique si delicate et si difficile. Nous voulons circonscrire l’objet de ce memoire a l’appreciation d’une attaque qui nous est personnels.

Le 3 novembre 1869, YEkcteur du Finistere a publie une petition de l’avocat G..., precedde d’un. qrticle du gerant, article et petition diifaraatoires a notre endroit, a l’endroit des services publics dont la direction nous est confine. Nous avons le droit et le devoir de retablir la verite des faits ; il s’en degagera cet enseignement utile et moral que, pour accrediter le mal, il ne suffit pas de Renigrer le bien et de tenter de decourager ceux qui pe. vouent a une oeuvre de bienfaisance.

¥ a7%il eu des motifs serieux dp privpr de Sft libqrte M. C... et de le maintenir dans les asiles ^e Rennps et dp Quimper? : , ...

Telle est la question a elucider , 5 ......

EXPOSE DES FAITS.

^mission de M.C... al’asile public de Saint-keep, aRennes; son transferement A Vasile de Quimper ; sa sortie .

Les pieces du dossier apprennent ce qui sujt.:

Le 9 juin 1 867, a 4 heures du matiii, |a pqlipe.de Rennes arrfetait sur la place du Champ- Jacquet un homme qui se promenait sans chemise et sans paytalon , couvert seulement d’un paletot dont il remplissait les doublures de pois achetes par lui sur le marche, pu il disait et faisait toutes sortes d’extravagances.

Get homme dtait M. G...

Trois tdmoins habitant la maispn ou; £... etait loge par chari te, deposferent que, pendant la nuit, il y avait mis le feu, en am'oneelant dans la cheminee ce qu’il possedait et une assez grande quanlite dp paille sur Jaquplle il coq- chaif depuis plusieura m ois; qi’aprep aypir aflprpp , p t eteipt

LES AtlENES ET LA PRESSE. 89

lui-meme cet incendie, il s’etait enfui sans chemise et sans pantalon.

Un medecin de Rennes, appele & constater l’etat mental, certifla que M. C... etait atteint depuis longtemps d’aliena- tion mentale caracterisee par des moments de surexcitation nerveuse, moments pendant lesquels cet homme devenait dangereuxtanrf/joiw’ la surete que pour la morale publique, et qu’il y avait urgence a l’interner dans l’asile de Saint-Meen.

A. la suite de ces constatations et en vertu de l’art. 18 de la loi de 1838,M. C... fat sequestre d;offlc,e. Le directeur medecin de l’asile de Saint-Meen constate qu’a son entree, M. G... etait presqnenu ; il avait l’oeil hagard, la barbe inculte, les cheveux en desordre, le pouls frequent, la peau chaude; la surexcitation etait manifeste, le malade parlait avec vehemence et volubilite, repondait avec assez de jusf tesse aux premieres questions, mais s’interrompait tout, a coup pour maDifester sa satisfaction de se trquver dans un etablissement ou il desirait entrer depuis longtemps ; puis, passant a un autre sujet, il parlait de ses projets grandioses dont le succes etait assure : son restaurant populaire, la vie a bon marcbe pour tout le monde, les abends eux- mdmes devant trouver dans la realisation de ses vastes des- seins un soulagement a leur triste destinee.

L’agitation allant croissant, M. G. .. n'e put etre maintenu dans la division ou il avait etd d’abord place; il mettait ses vetementsen lambeaux, insultait et provoquait les personnes qui se trouvaient autour de lui; il frappa m&me un infirmier du service : on dut intervenir pour lui mettre la chemise de force; le concours de plusieurs infirmiers fut necessaire ; la lutte fut tr&s-vive.

A la visite medicale, M. C...seplaignit des mauvais trai- tements dont il pretendait avoir ete l’objel, et malgrel’elat d’agitation dans lequel il se trouvait, le directeur-medecin s’empressa des’assurer par •lui-mSme si l’aliend, comme il l’affirmait, portait. stir son. corps: des traces de violence.

60 les alienks et la pressb.

L’examen le plus minutieux eut lieu en presence des in¬ ternes du service, et l’on ne put constater la plus legere ecchymose. Cependant, a l’agitation excessive suceeda peu a peu un calme relatif avec periods de tristesse, pendant laquelle le malade parlait peu, restait isole, se montrait satisfait de sa situation, ne demandait jamais a quitter l’Stablissement ; dans ces moments, le somraeil etait parfait etonpouvait supposerla guerison prochaine; mais, apres six semaines, 1'excitation reparaissait caracterisee au debut par l’exaltation, l’absence de sommeil. M. C... etait sur pied toute la nuit, ne cessait de se plaindre, de se montrer tres-exigeant, ecrivant toute la journee des petitions, des lettres, composant des vers, concevant les projets les plus grandioses, s’affublant de la facon la plus ridicule. Bientdt le calme reparaissait pour faire place a une nouvelle pe¬ riode d’excitation.

Telle a ete, pendant la duree du sejour de M. C... a Fasile de Saint-Meen, la situation mentale de cet aliene. A deux reprises diffdrentes,le directeur-medecin avaitete sur le point de demander la sortie ; mais chaque fois, au moment ou il se disposait a adresser son certificat a la prefecture, l’exci- tation recommencait.

Le directeur-medecin de Fasile de Saint-Meen ajoute que M. G... a etddans cet etablissement Fobjet des atten¬ tions les plus delicates : craignant de blesser son amour- propre en le laissant confondu a'vec les autres malades du ddparlement, il lui avait accorde une petite chambre oil il pouvait se retirer dans ses intervalles de calme et travailler h son aise; il l’avait autorise, en mSme temps, a sejourner dans le quartier des pensionnaires, pour qu’il se trouv4t dans un milieu plus en rapport avec son ancienne position dans le monde; il avait, en outre, un regime particulier et prenait ses repas a Finfirmerie (1).

(<) Nous devons ajouter que, let7 juilleH867, l’asile fut in-

LES AL1ENES ET LA PRESSK. Cl

Tombe a la charge de l’assistance publique aprds la perte ou la dissipation d’une certaine fortune, M. G... avait, 4 travers sa vie nomade, conserve son domicile de secours dans la commune de Brest. Par ordre de l’aulorite adminis¬ trative, il fut transfer^ de l’asile deSaiht-Meen a l’asile de Quimper.

Arrive dans ce dernier asile le 45 novembre 1867, il s’y montre d’abord tres-calme, convenable, reconnaissant des soins qu’il reqoit, protestant qu’il n’a jamais eprouve aucun derangement intellectual et qu’il est victime d’une incom¬ prehensible fatalite. C’est en vain que le directeur-mddecin l’engage a renouer ses relations de famille ; il est sans energie, parait avoir de la paresse a ecrire. Mais vers le 40 ddcembre, la scene change. M. C... devient loquace, bruyant, perd le sommeil, nourrit de grands projets; il tracasse et insulte tout le rnonde, profere des menaces et se rend intolerable aux autres malades, il. faut l’isoler pen¬ dant quelques jours en cellule : il s’y met tantotnu, tant6t drape d’une facon grotesque, tenant les propos les plus in- coherents.

Rentre momenfanement dans le calme et place, par 6gard pour son education, avec les pensionnaires.il recom¬ mence, le 20 janvier 4868, une periode d’excitation plus intense que la precedente. Ses compagnons de dortoir se plaignent, le 25, de sa turbulence et demandent qu’onles protege contre ses tracasseries ; pendant la nuit, il a fouille les poches des autres et s'est approprie la montre d’un auxiliaire; invite a la rendre, ildonne devaut tous sa pa¬ role d’honneur qu’il ne l’a pas ; menace d’etre fouille, il se

specteparM. le docteurRousselin, inspecteurgdndral du service des abends, et suivant notre constante habitude, nous nous limes un devoir de soumellre a son examen tous les abends qhi se prdtendaientsdquestrds illdgalement. Or, nous pouvons aflir- raer, et nous en appelons ici au souvenir de M. le docteur Rousselin, qu’aucune reclamation ne lui fut adressde par M. C.

LES ALIENES ET LA PRESSE.

decide et rend la montre qu'il avait cachee dans Fun de ses baS. Son excitation croissante oblige a le renvoyer en cel¬ lule oil, pendant quinze jours, il est incoherent,, cynique, enclin k la violence. Une nuit, il s’etait suspendu avee son drap par le. milieu du corps a la fenetre de sa cellule, et se balancait dans cette singuliere attitude.

Calme pendant le mois de mars, causant a peine, plus anime pendant avril et mai, souvent en querelle pendant le inois de juin, il subit en juillet une nouvelle periode d’excitation qui se calme au mois d’aout. Les mois de sep- tembrc et d’octobre sont marques par une remission sen¬ sible ; en novembre apparaissent encore quelques sympto- mes d’excitation. A partir de decembre le calme s’etablit.

Comme a l’asile deSaint-Meen, M. G... a et6 a l’asile de Quimper i’objet de soins et d’6gards particuliers ; le direc- teur-medecin lui a present un regime exceptionnel ; en dehors de ses moments de surexcitation, il a vecu avec les pensionnaires, joui de toutes les latitudes qui leur sont aC- cOrdees ; il arecu un petit secours sur le pecule des travail- leurs, bien qu’il n’ ait jamais travailld pendant son sejour a 1’asile.

Enfln, se fondant sur 1’ attenuation progressive des perio- des d’excitation et sur la persistance du calme, le direc- 'teur-medecin de Quimper prend l’initiative pour la sortie de M. G... enadressanta M. le prefet du Finistere son Rap¬ port qui conclul de la maniere suivante :

« Je ne crois pas M. C... gueri, je considere meme comme » infiniment probable le retour des acces periodiques, mais » enfin je pense que dans l’etat prolonge de calme qu’il pre- » sente, un essai de sortie peut 6tre tente sans de serieux » iuconvenients, sa folie n’etant pas de celles qui 6clatent » subitement et sans laisser it l’autorite le temps de prendre » des mesures protectrices. »

Conformement a ces conclusions, un arrfite prefectoral ordonne la mise en liberty deM. C... qui quitte l'asile de

■lass •■’l'a., tkesSe. <8

Qimper le 12 mat's 1869, en manifestattt des. Sentiments reconnaissants et des dispositions bien differentes de celles qu'il dtalera dans sa petition du 22 septembre.

Bien differentes etaient encore ces dispositions envers le Dr Baumo, quand il lui adressait la lettre ci-aprSs :

« Brest, le 31 mati 1869.

» Monsietir le directeur,

» Veuillez fetre assez bon pour accepter, aupres de M. le » prefet, une mission que je ne puis remplir moi-m&me, » celle de prater entre ses mains le serment oblige.

» Je jure obeissance a la Constitution et fldelite a l’Em- » pereur.

En 'ayarit l!a conaplaisance de in’enVoyer Qe *r6cepisse vous obligqrez infiniment

» Votre tres-humble et tres-obeisssant serviteur. C... :

■a Vous apprendrez avec plaisir, j’en suis certain, que, de- » puis le 12 mars 1860, j’aire<pi 142 fr., que j’ai d6pens6 » seulement 1 39 60 .

(Suit le detail original dece compte recettes et depenses,)

b Est-ce que je vous parais, Monsieur le directeur, en » voie de revenir vers vous ? Je vous en fais juge en toute securite .

b Bien a vous. C...

b C’est aLanderneau que je pose ma candidature, a

Dans sa petition, M. C... cite comme une preuve de sa raison, pendant qu’il etait a l’asile de Rennes, trois series de vers qu'il aurait adressees a 1'archeveque, a un depute, au docteur Laflitte. II aurait pu citer, dans le mOme but, bien d’autres productions conserves a son dossier. Nous ne pouvons, a cause de leur longlieur, les encadrer dans ce raemoire, mais il est utile de citer quelques extraits pour donner une id6e de l’etat mental de M. C...

Premiere piece (sans date). A M. de Bearn .

« Cher docteur de mon coeur,

»-Je_viens vous demander en ce jour d'alldgresie,

64 LBS ALIENES ET LA PRESSB.

» De dix coups de martels la permission,

» Tout prdt a commencer rna dite mission,

» De par le monde enlier.

» Je veux. Sla tristesse faire ici mes adieux,

» Pour m'envoler apr&s dans le sdjour des dieux,

»> Aux lies Forlundes. . .

» Honneur, honneur, honneur aux doucessolandesl »

« Digression : Mam’selle, entrez'dans la danse, faites la » reverence, et puis vous embrasserez celui que vous ai- » merez... »

(Suivent trois pages d’une manifeste incoherence qui se terminent ainsi :

Envoi

« A Mm* L. , nee Marguerite de Valois, sceur de Henri IV,

» son devoue valet de chambre, Alain C.,.., dtant mon » compatriote bayeusais.

» Maitre Lucien G...

» Priere a Mme L... de me rappeler au souvenir de » S. M. Flmperalrice Eugenie, qui elle aussi va subir une » dpreuve, aller regner a Rome avec son cher enfant, l5en- » fanl de France, le divin petit enfant Jesus de Fannie 67. » Mais pour Sa Majeste aussi tout est bien qui finit bien.

» Plaire i toutes, n’en aimer qu’une, telle fut la devise > de toute ma vie d’homme.

» Je vous baise les mains.

L. C...

« Comme fait chaque annee une fois le serviteur des » serviteursde Dieu, le fils cruci fie comme nous, comme le » dernier d’entrenous. —II reviendra un jour, renaitrade » sa cendre, et nouveau Job (Eiie ou Daniel), ainsi que lui il » remontera du degre le plus intime au plus baut degrd de » l'echelleou roue de la fortune.

» Ainsi soit-il [Alleluia, louez Dieu en hebreu). Qui saura v l'hebreu,

» me l’apprendra... digne du feu.

LES ALIENES ET LA PRESSE. 65

» Sera-ce vous, Renan l’impie ?

* Vous mordre est oeuvre pie.

» Signe : C... »

2" piece. « Novissima verba de lu journee du lundi 17 » juin 1867. ..

» J'ai fait dire a M. le directeur que ma t&te est en » ebullition, qu’elle est comme une fournaise, que je ne » puis rester une seule minute, ni le jour ni la nuit, sans » travailler. »

(Suit une lettrede M. C... au ministre de la marine pour le prier de faire suivre a son fils la marine militaire.)

Piece n” 3. Lettre de M. C... au ministre de la marine pour le prier de faire veuir son fils du Venezuela pour Foffrir a sa saintetd Pie IX.

Cette lettre, que nous rapprochons a dessein de la prece- dente, est datee de l’asile deQuimper, 10 d^cembre 1867, et signee : C..., impecteur officieux des asiles de France...

Piece 4. Saint-Meen, 22 juin 1867.

A travers les id6es les plus bizarres, M. C... demande que, le 14 juillet, M. le prefet de Rennes prepare une fete splen- dide dans ses jardins et dans ceux du Thabor...

« La les fous de Saint-Meen donneront une premiere » representation du Mala.de imaginaire devant leurs MM.im-

» periales et royales de l’univers entier . Mais assez de

» folie, continue M. C..., et il signe Lucien Bonaparte, » ev&que et martyr, puis il ajoute : Quaud j’etais jeune, »M.l’abbeX... me presentait toujours a ses joyeux con- » freres comme son seul eleve, un abprenti ev6que... etje » serai dv^que, s’il plait a Monseigneur de Rennes, ou » resterai nieunier... Mais c’est trap de folie... aux dix » coups de marteau, une permission... je crains de la man-

» quer ; mais non, mais non, mais non . »

» Signe : C.., a

ankal. ubb. -psych. sfiric. t. in. Janviei' 1870. 5. i>

66 LES AtlENES ET LA PRESSE.

Piece 5. A M. le Dr L’affite> 20 septembre 1867.

M. G... demande a voyager dans un wagon reserve, aux frais de l’Etat qui lui doit bien cela comme etant la cause involontaire des 70,000 fr. qu’il a perdus dans 70 com- pftgtiies industrielles. ..

« On pourrait, ajoute-t-il, me nommer inspecteut bffia

* Cietlx des aSiles du Calvados, de la Seine, d’lndrfc-bt-Ldire

* dtl Finistete, d’Hle-et^Vilaitlfe et de la Barthe.

i) Votts aUrei a jamais meritd la reconnaissance d’une » petite famille, la chose la plus divine qu’il y die ditns le » iiiori.de.

» Votre serviteur et ami pour la vie* G... »

Piece 6. Saint-Meen, 27 septembre 1867.

M. G... adresse une petition a i’Imperatrice pour obtenir le titre et les emoluments d’inspecteur officieux des asiles d’alienes, pour luifaire oublier les griefs qu’il a contre l’asile de Rennes et les persecutions inouies dont il dit avoir dte victime aLanderneau, a Brest et a Rennes depuis 1866.

Piece 7. Asile de Quimper, 12 dficembre 1867.

M. C.. ecrit auministre de la justice pour lui demander ^automation de fonder a T asile une socidte d'assurance mutueile de tous les avocats de France et d4 Algeria... « Je

* crois, dit-il, que si j’etais autorise a fonder une loterie » d’au nloins 1 00,000 fr. sous la rubrique que voici : « Lo- » teriede Quimper » ayant pour but la fondation d’une so- » ciete mere de la confrerie de Saint-Yves, 100 lits pour » commencer, j’arriverais facilement a la realisation de » mes chers projets.

y> Recevez, etc. , Signe : C..., directeur-fondateur in partibus de la Societe Internationale de France. »

S’il fallait, a tous les arguments qui precedent* ajouter quelques temoignages pour prouver la regularite du place¬ ment et de la maintenue de M. C... dans un asile d’alienes, nous les demanderions sans hesiter aux magistrats et fonc-

JjES ALIENES ET LA ERESSEi 67

tionnaires charges dii conttbie d8 l’asile. M. C... a fait jiafvenif.ses reclamations a l*autdtit4 administrative et a Paiitoidle jtidiciaire ; il a Vii trois fois M. ie secretaire ge¬ neral de la prefecture, trois fois M. le procureur imperial* (leux fois M. le president du tribunal de Qaimper.

Ge dernier magistrat l’a tres-loriguement interroge le 30 juillet 1868 : M. G..; lui a raconte fea pMtaloMb.de du 9 jiiin 1 867 en ajoutant qu’il avail souiflete une dame pour 1’avoir appele « tiens, voila monsieur Dumollet » a cause de son v&tement ecourte... Interpelle sur les alternatives de prostration et d’excitation qu’il Sprouvait, M. C... ajouta :

« G’est bien singulier, dans le premier de ces etats je sens

* tiii malaise iiiexprimable, j’ai de la peine & agir, k causer,

» & Scfirb, tout me pbse... Puis, je sors tout a coup de ma » torpeur, c’est le bien-6tre qui revient avec plenitude et » exageration des forces je me sens, comme en ce moment, » deborde de sante, apte h disciiter sur tout, pr£t a lutter » contre n’importe qui... » Et en disant cela, il gesticulait aveG tant d’animation que l’honorable magistrat lui dit : « Monsieur Cjitj wui etes sansdouie mieucts, rriais soyezbblfne ,

* duns qbelques mois vobs Sd'reZ eiitidH imteubo et dlbrs vcius » pourrez soHif.- i Tels 'fedtit les faits, telle a 6te, au vu et au su de tout le monde, ^attitude de M. C... pendant son sejour aux asiies de Rennes et de Quimper. On va voir comment ces mfimes faits sont interpretes'dans le journal i'Eleeteut du Finistere, dont nous reproduisdns bi-a'pfbs l’attaque :

* LA. LOI SUR LES ALIfiNfiS.

» La petition saivante apporte sila listedyja si longue deS abus eommis sous le couvert de la loi sur les alidnes de 1838, SbU contingent d 6 faits graves; OnneSaurait donnei1 trOp de pu¬ blicity a ces actes d’arbitraire qui, chaque jour, peuvent elre eommis par de coupables int(iress6s et atteindre dans leiir li¬ berty les citoyens leS plus honorables. La loi de 1838, dont

LES AUEJNES ET LA PHESSE.

le petitionnaire demande impliditement la reforme, se joignant encela a M. Saadon, le fameux avocal detenu jusqu’a la mort de M. Billaut,aM. Garsonnet,le pr'ofesseur de l’Universite, en- fermd de longues anndes comme fou, bien qu’il n’ait jamais cessd de jouir de toute sa raison,, permet aux vengeances pri¬ ces les plus odieuses de s’exercer impundment. Elle met dans la main d’un seul individu, d’un mdddcin a qui il plait de se dire alidniste, fantaisie que tout le monde peut se passer, fimmense pouvoir de disposer seul du sort et de l’existence de tout homme ddnoncd a sa science. La rdforme de la loi de 4838 n’est pas urie rdforme politique, c’esl une mesure de moralitd dldmentaire.

»Le Girant: L. L.

» Aux membres de la Commission nommee dans le but de chercher quelles modifications devront dire apportees a la loi de 1838 dite la loi sur les fous.

» Brest, le 22 septembre 4869.

» Messieurs,

» Je viens vous mettre sous les yeux un des abus les plus criants que MM. lesprdfets d’llle-et-Vilaine, de la Sarthe etdu Finistdre MM. le FSvre, Malher, Richard et Boby de la Chapelle se soient permis de commettre dans toute la pld- nitude de leurs attributions, a parlir du 9 juin 4867 jusqu’au 4 2 mars dernier, c’est-a-dire pendant 24 a 22 mois.

» C’esl moi-mdme qui fus victime de cet abus inqualifiable.

» Voici aussi somraairement que je pourrai le raconter, comment les choses se passdrent :

» J’habitais Rennes depuis le 4 septembre 4866 ; et, le9juin 4867, ratifiantl’arrestation qu’avait faite de moi (it deux heures et demie du matin) un agent de police, et les six heures de de¬ tention que j’avais eu par suite a subir pourun fait insigniflant et qui pouvait tout simplement etre qualifid d’excentrique, le commissaire central de la ville de Rennes (un nomm<5G ros- bois, autanl que je puis croire) proiita de l’ennui que j’avais ddvore pendant ma detention au bureau de police, pour la premidre fois de ma vie a 56 ans, el menaga d’abord de me renvoyer dans mon pays d’origine ; mais, sur l’observation que je lui fis.: « Quand on est dans le malheur, on aime mieux » souffrir dans un autre pays que dans son pays natal, » il me conlraignil a subir cette autre alternative: « Vous avez

LES AL1ENES ET LA FRESSE.

» ddsird aller passer quelques jours dans lamaison de santd de » Saint-Mden, eh bien ! profitez de l’excellente occasion » que vous avez aujourd’hui d’y entrer. »

» Et moitid figue, moitid raisin, j’acceptai cette proposition. Je n’avais nulle idde des manieres d’agir usitdes dans ces pri¬ sons de bienfaisance qu’on nomine asiles.

» Ce qui m’engagea surtout a prendre ce parti sans rdsistance aucune, je dois en conveilir, c’est qu’effeclivement j’avais ddsird passer quelques jours dans I’asile Saint-Mden, pour m’y guerir de Virritation nerveuse dont je souffrais a. cette ipoque.

» J’avais encore d’autres raisons pour accepter la proposition qui m’dtait faite par le commissaire central. D’abord le md- decin de la ville avail dtd le mddecin de ma maison pendant lesannde 1850 a 1857 ou j’avais babi.td Rennes unb premidre fois. C’est ce mddecin qui, quelques jours avant le 9 juin 1867. pour me faire entrer a l’hopital Saint-Yves, avail certifid que j’dtais atleint d’une « irritation nerveuse. »

» Je ne pouvais done me ddiier de. lui quant au nouveau certificat qui lui dtait rdclamd pour me faire entrer a Saint- Mden, et je ne demandai pas a voir la teneur de ce certificat.

» Le docteur Pitois me dit, le 6 aout suivant, qu’il n’avait point parld « d’alidnation mentale » dans le Certificat que je viens de ciler, et ddtruisit le reproebe que je lui faisais ce jour-la.

» Mais j’anticipe ici sur les dvdnements.

» Je fus conduit dansfune voiture du bureau de police 4 l'a- sile Saint-Mden. J’emportais avec moi un lot de fraises et un lot de petits pois que j’avais acbelds au marchd du Poinl-du- Jour, place du Cbamp-Jacquet.

» Le surveillant de cet asile avait un nom prddestind : il se nommait Sauvage. II se conduisit avec moi de la maniere la plus sotte et la plus regrettable. Moi qui dtais incapable de faire du mal aune mouche, il me mit tout d’abord dans lacour des agitds, parmi desfous furieux, et surtout parmi les bbtes brutes qu’on ddcorait du nom d’infirmiers.

» 11 y avait la entre autres unnommd Tonnelle qui, le 1 1 juin (pas plus tard, deux jours seulement apres mon entrde h Saint- Mden), faillit m’assassiner, avec un autre misdrable de son espece dont j’ai oublid le nom.

b Apres m’avoir mis la camisole de force pour un mouvement de vivacitd auquel j’avais eddd a litre de rdprdsailles et par ma crainte actuelle de sa brutalitd, il me renversa sur le dos, el.

76 LES AL1ENES ET LA PRE8SE.

avec ses pieds armds de sabots, il me donna tant de coups dans le flanc gaucbe, it Tendroit du cceur, que je cruS avoir une cote brisde ; que cette cSte fut enfonede seulement, rnais, de manifire a m’avoir empdchd pendant un mois de respirer, sans souffrir. Et ce ne fut pas tout. Me prdnant par dessous les aisselles et disant a un autre bourreau de me prendre pair les pieds, le miserable Tonnelle me souleva de terre et m’y lanpa de loute sa force en essayant de me briser la tete siir les dalles.

» Quand je vis la manidre dontles malades dtaient soignds a Saint-Mden, de Rennes, au bout de trois jours, jd rdciamai une libertd qiie je n'ai pu dbtenir qu’au bout de ces trois jours augmentis du 21 mois.

» Je fus pensionnaire. ddpartemental de Saint-Mden a deux reprises diffdrentes, d’abord du 9 jiiin au 6 aout 1867 et ensuite du 17 septembre (je crois) jusqu’au 16 novembre de ladite annde 1867.

« Que s’dtail-il passd : depuis le 11 juin jusqu’au 5 aoflt; go du 6 aout au 16 septembre, et 3°dul7 septembre au16 no¬ vembre de la memo amide ?

» Marchons aussi viteque possible dans lerdcit de macap- tivitd,

» Si le docteurLaffite, directeur-mddecin del’asile de Rennes, crut quelque peu h un ddrangement quelconque de meS fa- cultds intellecluelles, il rie put pas garder longtemps. cette opinion faUsse. ' <

» L’autoritd prdfectorale dut lui faire oonnaitre bientftt que, si l!on m’avail eonfid a Ses sdins pour un temps inddtermind, c’dlait moins a litre de malade qu’a litre d’individu mdritant une correction. Et poufquoi cette detention .arbitrage? E’est qu’aucun tribunal n'aui-ait aceordd a M. le prdfet d'llle-et-Vi- laine la peine que, pour des motifs a mdi ibdonnus, il voulail m’lnfliger.

» Quoi qu’il en sdit; ala fin de juillet, M. Laffite me proniit ma sertie ddfinitive et sans reserve pour le 1or aput au plus tard; el, surma; demande, il me laissa sorlir deux joUrs de suite de Ensile Saint-Mden pour aller cherdber en ville f’abri que je devais y Ifouver au moinenl de marentrde en pleine li¬ bertd.

» Quand je voulus sortir pdur la troisifimefois, un troisicme joUr. celb me fut jnterdit par le premier interne, directeur provisoire de l’asile pendant que le docteur Laffite dta’it alld

LES ALIENES ET LA PRESSE. 74

passer lin mois dans so,n pays, Vqyapt qu’on meipanquait ainsi^de parole pour le 4®r aout, et qu’on voulait melaire rester (dans une maison ou je n’avais que faire) jusqu’au retour du docteur Laffite, je formal la resolution d’entrer dans une li¬ berty qui m’avaif 6td formellement promise et <ju| tn’&ait re- fusde sans le moindre mpiif 5 et, dans la nuit du 5 au 6 aqpf, je sortis de la cage ou m malheureux captif 1- j’avais passd des jours si peu faits pour gudrir une maladie nerveuse.

» J’avais 1 8 centimes dans mon porte-inonna'ie quand je quit- tai Sainl-Mden et je les ddpensai avant de quitter Rennes (dans la nuit du 6 au 7 aout) 5 deux pq^pnes arpies, me donndrent l’une 8 fr. 20 c.. et l’autre 2 fr . 9 et c’est avee cette somme que je voulais me rendre jusqu’A Paris ou je possede up beaurfrSre assef pep digQP de ce nom, je, spis forcd d’en convenjr.

» Topt ce qpe je pup fpirp, pe fpt d’arriver ap Mans Ip 7 ppftt ?uy les 40 peures dft ?W, J’eus. beaupoup (t me louer de ja copdpite gdndrepse des chpfs.de garp de cpfle yjdfe. Jetrop- vaj au Mans (je?. persopnes qui vjnrppt a mon secours,; et, au bopt de si* semaipes, je pp.mmenpais a pqpvoir viyre dp fruit cle mon travail, Mais up sofr, eomme j’dtais sans lp moimjre defiance, un agent de police vipt me dire, tyes-po- Iqnpat qpe le eommissaire central ddsirpit mo p, aider au bu-, rpap de police; et, eqmme je n’avais pas p me repraq^ey Jp moindre peccadillo, je nfy rendis sans crpinte et sans hdsttft? tion,

» G’esf alorg seuletpent qu’on je.ta le masque h tpes yeux. Op m,e fit, passer une prpmidre nuit au yiolo.p, fine seqonde ppit a l’asile du Mans,, et le 17 septembre, autant que je puis pie rappeler, jo fUS yamepd A Rennes par up iuhfmler de l’asile dp Maps qui avait exprcd pcdpddemmeut les merfies fonctiops al’asile de Rennes,

» Comme je 1’aj djt plus bppl, je demeurai dans ce dernier asile depuis le 17 septembre jusqu’au IS noyepib/e suivant, jqur. de Sainte-Eugdnie. Si I’on vept jpger de 1’ftat mental, et InteUeetuel dont je, jopissais pendant mon sdjour a Sftint- Mden, voici— entre autres compositions les vers que j’dgrivjs daps cette praison si trisfe :

A Monseigneur lie Ilennes.

72 LES AL1ENES ET LA PRESSE.

Ne faisons done jamais eontre une autre poussiere Rien qui mdrite son courroux.

A Monsieur Gautier de la Guistifcre,

maire etddputd de la ville de Rennes.

Oh! que vous amassez de haines sur vos tfites,

Mdchants oppresseurs que vous etes !

Oh I que vous servez mal votre fier souverain Petits tyrans au cceur d’airain.

A Monsieur le docteur Lnffltte,

direeteur mddecin de l’asile de Rennes.

Vous prfitez votre appui, vos noms et renommde A des (Buvres d’iniquitd.

Ecoutez done plulot une voix bien-aimde El rendez-nous la liberty !

# Cette liberty demandde, elle me fut promise pendant quinze jours consdcutifs, prorilise sans aucune reserve ; et, le quinzieme jour, au lieu deme rendre ama femme, quiest dame pension- nairea la retraite de..., on me conduisit & Quimper pour y passer 15 jours soi-disant, et j’y ai vdgdtd 15 mois et 27 jours.

» Si je n’y suis pas devenufou, ce n’estpas la faute du doc¬ teur Baume, qui, pour me punir une premidre fois d’avoir osd lui dire : « Si vous me punissez, Monsieur, vous le ferez a » vos pdrils et risques, » me fit passer huit jours et huit nuits an lit et en cellule ; qui, pour se venger une seconde fois d’une mienne plaisanterie a. 1’encontre d’un auxiliaire qui m’avail offensd, me fit passer quinze jours et quinze nuits dgalement au lit et en cellule, avec l’intention de me dompter , disait-il. Ce mot- la ddmontre ce que j’ai dit en commengant que « les asiles de » Rennes et de Quimper n’ont pas dtdpourmoi des maisons » de santd, mais des maisons de correction. »

» Qu’on explique aulrement que je viens de le faire les pa¬ roles qui me furent adressdes par le president du tribunal civil el le procureur impdrial de Quimper, quand je les vis pour la 1 " fois en fdvrier 1 868 : « Continuez de vous bien conduire, et » nous vous ferons sorlir. »

» A unmalade on auraitdit : continuez de vous bien porter. »

» Et lorsqu’au mois de juillet de la mdme anude, le meme pre¬ sident du tribunal civil, M. Goadsbe de Billde, en rdponse a la lettre que j’avais eu 1’honneur de lui dcrire le 25 dudit mois, vjnt me voir dans le salon du directeur-mddecin de l’a¬ sile Sainl-Atbanase, lorsqu’il me dit : « Vous m’avez dcrit une » lettre parfaitement sepsde, » devais-je m’attendrea n’obtenir

LES ALIENES ET LA PRESS?. 73

ma libertd quo le!2 mars de l’annde suivante, plus de7mois apres ?

» Je suis done fond <5 a penser, A dire hautement que je n’ai- pas dtd seulement la victirae d’une erreur commise par les md- decins, mais que j’ai 616 ddtenu arbitrairement par le mau- vais vouloir de MM. les prdfets, des mddecins aussi.

» Et, sous ce rapport, M'essieurs les membres de la Commis¬ sion, permeltez-moi de vous faire part d’une des convictions les plus profondes de'mon esprit.

» C’est que la qualitd de mddecin et de directeur rdunies dans une meme personne sont pour beaucoup dans les abus dont ont souffert des milliers de captifs, des railliers de vic- times du pouvoir personnel de MM. les prdfets.

» Commedirecteurs, les mddecins d’asile sont les trds-humbles serviteurs de M.M. les prdfets, et cette premiere qualitd met la seconde presque au ndanl, j’en fournirailes preuves, sil’on ne rend justice a mon observation.

» Je ne veux pas prolonger un rdcit que j’ai lout fait pour abrdger et moddrer le plus qu’il est possible .

» Je demand erai seulement a MM. les commissaires la permis¬ sion de joindre a ce rdcit quelques pieces justifleatives des assertions y contenues. Je les prierai en mdme temps de por¬ ter sur mon affaire un jugement qui me permette d'obtenir a I’amiable la reparation qui m'est due pour le prejudice inoui que m’ont cause 21 mots de sequestration illigale!

» Et ce sera justice.

» J’ai l’honneur d’dtre, avec un grand respect, Messieurs les membres de la Commission,

»,Votre serviteur ddvoud,

» C. avocat,& Brest. »

L’article et la petition qui precedent, recevaient la pu¬ blicity dans le numdro du 8 novembre 1869. Le 17 du mdme mois, I’Electeur du Finist'ere publiait l’entre-filet suivant :

« Nous recevons de M. le docteur Penquer, au sujet de la pd- tilion insdrde dans notre numdro du 6 novembre, une lettre que son dtendue ne nous permet pas de publier aujourd’hui. Toutefois, sans anticiper sur le contenu, nous pouvons dire des aujourd’hui qu’elle porle sur deux points principaux :

74 LES ALIENES ET LA PRESSE.

» Une apologie sur la loi de 4 838 sur les alidnds, et une pro¬ testation au pom do l’assqciation des mddecins, dont M. le dooteur Penquer est le president, centre certains fails relatds, et imputds par le. pdlitionnaire aux directeurs des maisons d’£- liends, ou celuifpi se plaignait d’avoir did arhilrairement ddtenu.

» Sur le premier point, nous rdseryons notre opinion.

» En ce qui touche le second, nous devons declarer que nous n’avans jamais entendu, cela se coipprend, nous porter ga¬ mut moral do fond et de Texactitude d’une pdtilion qup nous avens accueillie seulement a. titre d’intermddiaire entre un plaignant et sea juges. Nous n’ayo.ns, en ce qui nogs pop- eerue, d’autre, respon&abi!4d. quo celle qui nous ineumlie comme gdrapt respopsahle jdgaieinent. Nous n’ayons pas apostilld la pdtition, nous l’ayons, seulement introduite,

» A vendredi la leltre de M. le docleur Penquer. »

Extrait de I’filecteur du Finistbre, numfoo.du 49 novembre.

CORRESTOgUANOBS.

Notts publjons la lettre de M. Penquer* annoncee dans notre dernier numero ;

« Brest, 46 noveihbre 4869.

» Monsieur le Rddacteur,

» Dans votre numdrq du 6 poyembre, j/ai Iu ayec surprise et regret upe longue pdtition qui cherehe a ddprdcier nos dta- blissements d’alidnds et a nuire aux directeurs-mddecins si dd- vouds R leur oeuvre. Je me serais fait un devoir de rdpondre imm^dialement a cesinjustes accusations &i|e n’^vpis pas voplu laisser aux ipldressds le droit de poursuivre 1’oulrage mais ces bOno rabies confreres ont mieux aimd ne pas se ddfen- dre, et ils orit bien fait ; peut-etre, eii effet, dtait-il difficile pour eux de rdpondre sans avoir recours a une poursuite ju- diciaire, et ils p’auraient pas voulu, sans doute par diserdlion professiopnelle, avoir a donner publiquement a leur malade gpdri lapreuvedesa folie. Ce malheureux n’est, du reste, cou- ppble que d’ingratitude ; sa le.ttre ne prouve qu’une chose, e’est qu’ildtWt vralment impossible de pepas hntemer dans, une maison spdciale.

LES ALIENES P.T LA PRESSE. . 75

» M. C... ne dit paspourquoi la police l’a fait saisir, et, apres quel examen il a dfl dtre retOpu, un peu sansdoule pour la sd- ciiritd publique et surtout daps i’intfh'dl de sa santd ddrangde. Mai servi par ses souvenirs, il se-laisse aller conlre l’honora- ble docteur LafGlle et contre les ipGrmiers de, la ipaisqh de Saint-Mden, a des invectives violentes qui manquent complb- tepient de vraisemhlance,

» Comment pourrail-opsupposer que Je djrectcur de cet dta- blissement ait eu intdrdt a relenir un indigent qui dtait unp charge, lorsque sa folia supposde ne p.puvaii dire up avaptage pour persopne.

» Dans I’espdce, il serait difficile de voir la up but politique ou une speculation de fapulle, Copipjpnt croire aussi qu’a notre dppquc, dans up dtablissepientpublip surveilld par divers fonc- tionnaires et frdqpentd par tapt de mopde, op puisse rencon- trer des infirmiers as.sez miser ables pour assassiher lesmalades,, en les nnversant sur ledos et leur dormant , aveo les pieds armes de sabots, taut dfi coups, dans le (Iqnc gauche, 4 Vendroildu occur, Id <19, fyt fodsee ou enfoncee ? Comment croire qu'un dc ces for- eepes djsant a y,n autre bourreau de prendre le malade par les pieds , le souleva, de terre, et fy lanca de toutes ses. forces , en essayant de lui bnser la tete sur les dalles ?

» EJp vdritdj Monsieur le rddacteur, de pareilles. pjaintes ne sonl pas sdrieqses, et tpus vos lepteprs se, sent dtoppds de les lire daps voire estimable jo.urpal,

». Le caracldre dp,l’bo,porahled0<Heuv Lafdtte eslau-dessus de ces, calomnies , 11 n’est pas hesoin npp plus de ddmeptir de pareillps atrocitds" de la part de pes bons inGrppers, toujourq si ddvouds a leur devoir d’humanitb.

» Majs je liens, surtput a pp pas laisser saps I'dpopse la dif- famapon qui s’adresse a, notrq dlablissenqepl, de Quimper el a. s.ep dipinept., djpe.ctepr-, Le dbeteur ftaupie n’est pas. sepl.epiept up alidniste t,res-distipgpd, Q.’est . un adtpinislrateur tres-ba- bile. « iious constatons avec plaisir, disait le rapporteur au cppseil general daps la session de 1 869, que I'asjle de Quimper est le premier mtri dans me voie qui augments la somme de bien-itre, et de liberie dont on peut faire jouir les alienes. Q’est, comme le. dit si Men le docteur Baume, le seul mode qui offre des chances serieuses de succes et qui riponde en mime temps au courrmt de Vopinion publique dont, plus que jamais , il importe de tmir compte. » Quand on a visits. 1’asile Saint? Athanase, quand on connait son habile direction, quand on a

vu tant de malades en sortir gudris el reconnaissants, on esl frappd d’indignation devarlt des accusations odieuses, sans fon- dement et sans bul. Que sera-ce done s’il est parfaitement prouvd que celte prdtendue victime a did entourde de tous les soins el de tous les dgards ?

» Eneffet, M. C... ddclare plusieurs fois, dans' les ■visiles qu’il a regues du procureur impdrial, du seerdtaire gdndral de la prdfecture, qu’il s’en rapporte entierement a 1’intdrdt que lui tdraoigne le directeur-mddecin, pour sa sanld et pour l’oppor- tunitd de sa sortie.

»AvecpIus de mdmoire ducoeur et de l’esprit, M. C... pour- rait se rappeler que, placd comme indigent a l’asile de Quim- per, autarif de0,90 centimes par jour, il y adtdtraitd comme uii pensionnaire, a un rdgime exceptionnel, et qu’en dehors de ses pdriodes d’ excitation, il a joui de toules les latitudes possibles; qu’il a puisd dans ces dgards une amdlioration no¬ table. Ajoutons qu’A sa sortie, on lui a accordd un petit secours siirlepdcule des travailleurs, bien qu’il n’ait jamais travailld.

» Voila, Monsieur le rddacteur, des renseignemenls positifs sur cette sdquestration, que vous avez eu tort de confondre avec une atteinte a la libertd individuelle. Il devait vous dire facile de vous apercevoir que la lettre de M. C... trahissait elle-mdme un dtat peu normal ; les vers adressds a l’archeve.- que de Rennes et a M. Laffilte n’dlaient pas plus de nature a prouver la sanitd d’intelligence dece triste podte.

» Celte pdtition servait done mal la cause que- vous ddfendez. Monsieur le rddacteur, et je doute qu’elle dclaire les membres de la Commission nommde pour la rdvision de la loi de 1838. J’avoue, du reste, que plus j’dtudie cette loi, plus je la crois difficile a modifier.

» Je sais bien qu’il y a eu quelques abusddplorables, et pour- tant toutes les objections ont dtd prdvues. La loi, dites-vous, met dans la main d’un seul individu, d’un mddecin as qwi il plait de se dire alieniste, fantaisie que tout le monde peut se passer , l’immense pouvoir de disposer seul du sort et de 1’existence de tout homme ddnOncd a sascience. Vous faites dela. science un complice el du mddecin un complaisent, landis quecetle lettre de cachot est simplement un cerlilicat exigd au moment de l’enlrde a l’hopilal . Il fan! ensuite que le malade soit exa- mind par le mddecin attachd a la maison. Si le premier rapport est faux, le second le ddraenlira, a moins d’une connivence qui doit dtre bienrare-

LES ALIENES ET* LA PRESSK.

77

» J’ai meilleure opinion des homines en gdndral et des md- decins en particulier. Apres l’entrde du malade, le prdfet et ses ddleguds. les inspecteurs gdndraux, le president du tribunal, le procureur, le juge de paix, le maire, sont charges de visi¬ ter l’dtablissemenl et de recevoir les reclamations.

» Les parents et toule personne raunie de Pautorisation du conseil de famille ont la facultd de retirer le malade ou de se pourvoirdevant le tribunal.

» Ou done trouverail-on des garanlies meilleures ? Quijuge- rait mieux que le mddecin de l’dtat mental, aujourd’hui sur- toul que la folie est une maladie curable, grace aux bienfails de la loi 1838 ? Pourtant je veux bien, avec vous, que la redac¬ tion de celte loi ait besoin d’etre modifide ; s’il yaeudes abus possibles, il faut arriver a les supprimer ; indiquez-moi done un meilleur con t role, faites qu’il y ait plusieurs examens et une garantie plus grande encore de la libertd individuelle.

» Mais ne permettez pas, dans Voire feuille libdrale, des atla- ques personnelles et blessantes pour les mddecins qui se dd- vouent au soulagement de la plus triste et de la plus dange- reuse des inlirmites humaines. Ces calomnies ne peuvent que compromettre la cause des abends eux-memes, en les rendant fort peu intdressants par l’dlalage de leur ingratitude. Entin, elles lendenl a diserdditer une institution utile, qui rend plus de services encore a la socidtd qu’aux malades. '

» Les fous ne sont plus de grands coupables frappds par la jus¬ tice divine ou des dtres mystdrieux favorisds du ciel ; ils sont, pour la socidtd, un objet de pitid, de ddgout ou de terreur; pour les mddecins, les fous sont des malades; il faulqiie les mddecins les gudrissent. Tout le probleme est la; je serais d’accord avec vous sur toutes les modifleations de la loi qui tendraient a ce but.

» Jecoinpte sur votre justice pour publier cette lettre que j’au- rais vouiu reslreindre. Mais le sujet exigerait bien d’aulres considdrations, si nous avions a discuter celte fameuse loi de 1838, si bien approfondie a cette dpoque.

» Veuillezagrder,avec mes remerciments, monsieur lerddac- teur, l’assurance de ma plus baute estime.

» Le ■president de V association des midedns, n Dr Penquer. »

« Nous pensons,avec M. le docteur Penquer, que le fnomettl n'est pas venu de discuter A fond la loi de 1838. Aussi la

76 LES ALJENJES ET LA ffiaESSE,

lettre qui precede n'dtablit-elle, a nos yeux, qu'une seule

chose, que nous n’avons d’ailleurs jamais entendu coq tester,

la parfaite honorabilitd des docteurs Baume et Laffitte. C’est

l’instrument qui est mauyais, ce ne sont pas ceux qui s’en

servent.

» Le Gerant : L. L. »

Nous devons consigner ici ^expression de notre recon¬ naissance pour 1 'intervention spontanee de M. le docteur Pencfuer dans ce debat. Cette demarche, en honordttt 1’asso- Ciation medicale qui a su mettre a sa tfete un homme de coeur et de talent, nous evite la peine de demander aux tri- bunaux la reparation del’oiitrage. Nous devons aussi savoir gr6 au gerant d’avoir ptoclame notre parfaite honorabilite il y a toujouts du inerite a reparef le prejudice qu’on a injustement occasionne. A ce point de vue, nous aurions desire que M. L...L..., qu’on dit unhomme bien eleve, de- savou4t d’une maniere plus explicite la petition, car les faits avaient ete offlcieusement portes a sa connaissance. La pu¬ blication du 5 bovenibre pouS plaqait dans la Cruelle alter¬ native, ou de manquer a la discretion professionnelle en montrant aux lecteurs du journal un pauvre fou dans sa nudite, ou de courber la tete en paraissant justifler par notre silence des accusations odieuses. Dans sa cbaleureuse pro¬ testation, M. le doctetfr Petiquev lui-meme Ue pouvait pas entrer dans le detail des faits, de sorte que le public s’est demande s’il avait ete reellement necessaire de priver M. G... de sa liberte, s’il n’offrait d’autre danger que celui de faire de mechants vets,

Pourquoi d’ailleurs Cette reticence du gerant : « C'est I’instrumerit qui est mauvais, ce ne spnt pas ceux qui s’en servent! o

Quel instrument?

Est-cela loi de 1838, qui a permis d’interner, pour le guerir, un malheureux dont l’etat mental compromettait la sdcuritd pubiique? Mais le gerant de i’Electeur consenti -

79

LBS ALIENES ET LA PRE6SE.

rait-il a garder comrae locataire ua insens6 qui allumerait un incendie ltd, oil qui SirttiraU sattS Chemise et sans pantalon ? Est-ce l’asile, ou l’aliene a trouve en definitive des 6gards et des soins qui put aide a ameliorer son etat et dont il s’est montre reconnaijsant avant le 22 septembre? Qu’on se reporte aux extraits des iettres qu’il ecrivait, on t'rouvera difflcilement l'expression de souffrances ou de tor¬ tures dans ces productions d’une gaiete folle, y compris la lettre du candidal depute pour Landerneau.

Nous comprenons du reste qu’un desaveu ne manquait pas d’amertume pour l’ecrivain du virulent article intitule : « La loi sur les alienes. » 11 s’etait improv|s6 alieniste ( fan - taisie que tout le monde pent se passer), en observant M. C..., etil lui cr6ait trop complaisamment une aureole de victime; ce debut 6tait une mesaventure, car le sujet d’obseryation n’appartenait vraiment pas aux cas les plus difficiles.

Au surplus, en confiant la relation de l’affaire C.,. h un recueil scientifique, nous n’obeissons a aucun sentiment de rancune; Le sort des alienes, la loi qui les regit, l’institution qui les reQoit, sont l’objet des appreciations les plus cou- traires. Dans une aussi grave controverse, de nature a jeter le trouble dans les families cruellement dprouvees, il est utile que l’ppinion publique, que la science elle-meme soienl Cciairees par Fexamen impartial des faits. A ce titre nous avons 1’espoir que le present travail ne sera pas denue d’in- tirfet.

Le Directeur-mMetin de Le Directeur-medecin de

l’ qsilede Rennes, I’asile de Quimper,

Dr Laffote. Dr Baume.

ETABLISSEMENTS D'ALIENES.

UN LIT DE GA.TEUX

Par le Dr Dumesnil, directeur-mt'ilccin de l'asile Quatrc-Marcs.

Ce n'est pas sans une certaine hesitation que Ton peut se decider a traiter un semblable sujet. II y a en effet des chefs d’etablissement qui affirm ent qu’ils n’ont pas d’alienes malpropres, ou, du moins, qu’ils sont parvenus a tellement organiser un service de nuit, que les lits de cette classe de malades ne sont jamais salis, ce qui dispense alors de re- courir a aucune disposition parti culiere de couche et de couchage. Ainsi, dans la session du congres des medecins alienistes de l’Angleterre, en 1865, le Dr Davey ayant donnd la description d’une espece de sommier ou de cadre pour remplacer la paillasse, supprimee depuis longtemps dans quelques asiles, mais employee encore dans beaucoup d’autres, un merabre parut fort surpris d’une pareille com¬ munication, attendu, objecta-t-il, qu’avec une surveillance bien attentive et bien devouee, jamais, depuis 12 ans, il n’avait eu de lits mouilies, quoique son personnel ffit con¬ siderable. Cependant, la discussion qui s’etait etablie parmi les medecins presents demontra qne le preopinant etait le seul qui efit obtenu un resultat aussi extraordinaire.

Cette methode a ete institude en Angleterre, ace qu’il parait, par M. Gaskell, j’ignore ii quelle epoque exactemeut; mais un infirmier de l’asile St-Yon, cite par Parchappe, le sieur Nicoux, avait trouve, a lui seul, il y a plus de trente- cinq ans, la mtihode maternelle ; neanmoins, il n’avait jamais pu se passer de lits speciaux qu’on n’a pas songe un seul instant a supprimer dans nos asiles de la Seine-lnle- rieure. Si on a cru pouvoir aller jusque-lk ailleurs, il a fallufaire ensuite un pas en arriere.

UN LIT DE GATEUX.

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Assurement, il est indispensable que chaque individu de celte categorie de malades soit conduit 1e soir a la garde- robe ; cede precaution est egalement excellente quelques instants aprbs les principaux repas; on discipline ainsi, pour ainsi dire, les fonctions iutestinales de ces malheu- reux; mais je me demande si la pratique qui consisted Aveiller toutes les nui-ts un pauvre paralytique, a le forcer de quitter son lit, a l’exposer au froid et a le laisser incom- pldtement vdtu, jusqu'a ce qu’il ait donne des garanties suffisantes de bonne tenue pour jusqu’au lendemain matin, n’a pas quelque chose d’un peu inhumain. Je soutiens de plus, qn’un servant ne saurait suffire a une pareille besogne, qu’il s’expose & laisser choir son malade en le levant ou en le couchant, s’il n’est aide par une personne forte et intel- ligente, etque si son dortoir contient une douzaine de lits, toutela nuit se passera dans un remue-menage aussi fati- gant pour ceux dorit il a la garde que pour lui-mAme.

Je dirai, apr6s tout, que je ne suis nullement partisan de ces allees et venues nocturnes qu’on regarde comme indis- pensables dans nos maisons, et que les rondes des surveil- lants en chef faites invariablement k minuit dans chaque chambree ne me semblentpas avoir beaucoup d’utilite. Ces clefs qui brimbalent, ces serrures qui grincent, ces portes qui battent, jettent le trouble dans'Pesprit des alienes et iuterrompent leur sommeil. Avec une infirmerie de surveil¬ lance continue bien proportionnee a la population et oh veille un gardien qui n’a que cette mission , avec quelques dispositions prises par les infirmiers dans le quartier des agites et celui des convulsifs, on peut se dispenser de cette espece de guet qui rappelle trop les maisons de detention et qui n’est pas, a mon avis, une des formes les moins desa- greables du restraint.

Pour en revenir a la question des precautions a prendre avec les insenses malpropres, je ferai encore observer qu’un domestique qui n’a le soin que d’une seule personne, n’est

Asm. med.-psycb. 8e s6rie, t. m. Janvier 1870. 6. 6

82 Dfj lA dr gateuX.

pas souvent plus heureux sous ce rapport que celui qui a 8 S. 4 0 g&leux d sa charge. II y a plusieurs circOiistances qui renrlent le plus Souvent ce louable zele inutile : tan tot, M malade- reSiste par pure malice ; tabtot, saisi d’une esp&ce de frayeur, il se livre a des cdntractions automatiqttes qui vont A rehcbtttrd de ce qu’il fattdrait; parfois le chart - genMrit de fempdratiiie determine ce 'm&me tesserrement deS sphincters ; on attend. ainsi iUUtilement uiie heure ou deux, de guerre lasSe on reporte le malade dans son lit, et quelqUe's secOndes apres le trial eSt fait.

Onadttiet que les paraplegiques ne peUvent 4tre maitres de leufs evacuations ; pourquoi Voudrait-ofl exiger qu’il en fut autremettt d’Un enfant idiot, d’un Vieillard en demence, d’uil paralyse general, d’un epileptique au moment des cdnvufsidhS de Son mal, de tous ces infortanes, en ml mot, qni peuplentet encombrent nos asiles publics ou prives?

Reconnaissons done qu’il faut se resigner a subir cette triste necessity, et que le mieUx est de rechercher les nioyehs les plus convenables de parer auX degoiils et aux idconvenients quelle 'entraine. Aussi, bien, suivant l’ex- pression du Dr DGvey, ce serait esperer l’impossible que de . cfoire qu’avec Un systeme de discipline, quelque bien orga¬ nise qu’on le suppose, On arrivera a n’avoir plus de malades rtioililies (wet patients).

Aiissi j daus chaque etablissement, s’est-oniugenie acher- dher un proCede qui pilt satisfaire aux difficultes nomr brfeuses que preSeute Set Ptat de choses; mais jusqu’ici, d'apres Ms inspecteurs generaux de notre service qui m’ont engage a publier eette note, aucun systbme ne pourrait elre riiis en paralMle avec celui que j’ai iustitue a Quatre-JVIares depuis plusieurs annees. G’est fort de cette declaration que je soumets a mes confreres et collegues les considerations qui votit suivfe :

Dans un asi'le du Midi, au knoinS, les gateux ont sous le siege une pe&u de mouidn ; lefe matieres eXcrementilielles

ON LIT DE GATEUX.

sejournent sur cette piece impenetrable, d’ou : odeur insup¬ portable, danger des excoriations et des eschares au si£ge et a la region trochanterienne. A Gharenton, ces malades sont couches sur la zostCre, mais il faut faire chaque matin la part de la portion souillee de celle qui est restee seche, operation aussi dCsagreable que difficile a bien executer; les boites ou lits a auge sont mal aCres ou, plutdt, ne le sont pas du tout. Ailleurs, les coussins en cuir perces, les toiles dites impermeables avec un tube central pour livrer passage aux liquides, sont d’un prix exagdre, s’alterent asse* promptement, ne sont pas a l’abri d'emanations desagrea- bles; la peau souffre du contact de ces surfaces roides, lisses, froides et vernies . Dans une maison de sante parti- culiere, on a cru bien faire en installant les paralytiques dans des lits garnis de deux ou trois matelas qu’on cherclie a preserver avec un nombre suffisant d’alCzes; mais ici, le mieux est Tennemi du bien, et le coucher leplus cher est peut-6tre un des moins acceptables. Enfin, il ne serait pas sans doute impossible de citer plus d’un etablissement ou les boites sont garnies uniquement de paille. On me per- mettra de ne pas approuver davantage la methodeimaginee par Hovvel, que M. Fonssagrives recommande cependant pour son extreme simplicity, et qui consiste dans Femploi de sacs de charbon pulverise sur lesquels porte le siege dtl malade (Nouveau Dictionnaire encyclopedique des sciences mCdicales, art. Lit).

Le litdont je vais donner la description et quej’ai adopts definitivement, apres plusieurs essais et aptes m’Ctre ren- seigne dans tous les asiles que j’ai visites, offreles avantages suivants : il est tres-eiastique, Fair circule dans toutes ses parties, il est neaumoins garanti du froid ; le prix en est fort peu eleve ; il ne conserve aucune mauvaise odeur j il peut fetre trans forme immediatement en coucher ordinaire, si le malade entre dans une periode d’amelioration qui Ini permette de rentrer dans les conditions normales. Cette

84

DN LIT DE GA.TEDX .

derniere consideration, surtout, permet de multiplier ces couches qu’on peut porter alors, sans inconvenient, au sixieme etm&me au cinquifeme de la population d’nu asile, attendu que leur construction (cdles exhausses), r6pond a une autre indication dont je dirai un mot tout 4 l’heure.

Ces lits, aussi bien ceux des enfants que ceux des adultes, sont en fer ; le fond est plein et le tiers moyen de ce fond est dispose en plans inclines, garnis de zinc, con- vergeant vers de petites perforations centrales au-dessous desquelles est placee une cuvette en zinc qui glisse aise- ment dans les rainures qui la supportent. Cette cuvette portative, munie d’un petit manche, est done situ£e en dessous du fond du lit, fond qui est eloigne du sol de Fap- partement d’environ vingt centimetres ; on voit done que ce fond ne porte pas sur le plancher ; il en est isole par les quatre pieds du lit qui le soutiennent a la hauteur indiquee, ce qui favorise la circulation de Fair entre la partie exte- rieure de ce fond et le plancher de la chambre oudu dortoir.

L’interieur du lit est garni des deux cotes, ainsi qu’a la t&te et au pied de cloisons en planches, s'ajustantlibrement dans des rainures etpouvant, .par consequent, etre montees et demontees 4 la minute. Ceci constitue le lit a auge, qui a en profondeur 55 centimetres, en largeur soixante-dix centimetres et dont la longueur varie de \ metre 80 cen¬ timetres a 1 metre 95 centimetres, suivant la taille des ma- lades; car il ne faut pas que les alienes d’une.stature dlevee soient etendus sur un lit de Procuste, suivant la remarque judicieuse du Dr Fonssagrives.

Yoici comment est rempli le vide dont je viens d’indi- quer les trois dimensions :

Un sommier Tucker est pose au fond de cette sorte de boite ; il porte carrement sur ce fond etreste par consequent parfaitement assujetti ; il a en hauteur vingt centimetres du cote de la t&te et dix-sept a dix-huit du c6l6 des pieds; plan incline qui assure et maintient Felevation du tronc.

UN LIT DE GATEUX.

Sur ce sommier sont poses deux petits matelas en zostfire, capi tonnes, Tuna la t&te, l'autre auxpieds, ayant toute la largeurde la boite (0,70) ; mais comme ils n’ont chacun que le tiers de la longueur de la couche (soit soixante centi¬ metres pour une couche del m. 80 c.), il en resulte un vide de soixante centimetres au milieu du lit. Ces deux matelas sont reconverts de deux autres matelas en laine et crin ayant la m6me longueur et la mOme largeur que les matelas en zostere et egalement capitonues. Les matelas en zostere et les matelas en laine et crin ayant chacuu douze centimetres d’epaisseur, il s’ensuit que le vide laisse au-dessus du sommier, entre les 4 matelas, a vingt-quatre centimetres en hauteur, et comme, d’un autre c6te, ce vide a la largeur de la boite (0,70), et a dans le sens de la longueur du lit-60 centimetres, il constitue au milieu dela couche un espace creux, d’un cube de quarante centimetres environ, qu’on comble avec de la paille contuse, ou des feuilles de mais, ou de la zostere; le lit se termine comme un lit ordi¬ naire : drapde dessous (1), avec aieze au centre si on le juge a propos, drap de dessus, couvertures, traversin, oreilier.

Je ferai remarquer ici que le vide central n’a pas au bout de quelques jours l’etendue exacte queje viens d’indiquer; en effet, les matelas en s’affaissant un peu par l’usage, s’allongent de quelques centimetres et retrecissent d’aulant l’ouverture qui se trouve alors rednite a un peu plus du quart de la longueur tolale du lit, au lieu du tiers reserve primitivement.

Si le malade cesse de galer ou qu’il n’ait besoin que d’etre mis dans un lit a auge pour eviter qu’il ne tombe sur le par¬ quet pendant la nuit, on laisse seuiement 10 4 15 centime¬ tres de paille sur le sommier et l’on Unit de remplir le vide

(1) Si les malades sont par trop gAteux, s’ily a diarrhde con¬ tinue, le drapde dessous est reraplacd par deux petits drops qu’on replie au centre sous les matelas en laine. L’alSze alors repose dircctement sur la zostSre.

86 UN UT DE GATEUX.

par un troisiOnje petit matelas en laine et crin, Sous ce der¬ nier rapport, ces lits sont (Tune grande ressource, car les epi- leptiques, quelques vieillards paralyses tombent souvent des couches ordinaires ; ainsi, dernierement, a Biedtre, j’ai 6te temoin des regrets qu’exprimait un des chefs de service de voir arriver de temps en temps les accidents auxquels je viens de faire allusion, faute de lits a rehords ; quoiqu’il n’eut qu’a se louer de I’extr&rae proprete que l’administra- tion fait apporter h l'entretien de toutes les pieces qui con¬ stituent le coucher de ses malades.

lei, en effet, par suite de l’affaissement des matelas, de la depression que le poids du corps fait subir au sommier Tuc¬ ker, il reste une difference de niveau de 1 5 k 20 centimetres au benefice des cdtes du lit, obstacle que le maladene peut franchir dans ses mouvements irreflechis ou volontaires. Tres-souvent, pour maintenir couches des dements indoci- les, il me sufflt de faire etendre et fixer transversalement, d’un rebord a 1’autre de l’auge, au niveau de la poitrine, une bande de toile large de 20 cent, qui arrete celui qui voudrait se dresser sur sou siege et ensuite s'elancer en de¬ hors Ce simple obstacle parvient amailriserl’alidne sans exercer la moindre compression sur lui, puisqu’il ne le tou¬ che mfeme pas, tant qu’il es't dansle decubitus dorsal, etdis- pense ordinairementde recourir a l’emploi d’une camisole.

Il ne me reste plus qu’a indiquer comment il faut preser¬ ver la partie moyenne du sommier de l’alteration rapide que luiferait subir le contact des liquides avant de glisser dans le fondde rauge, et.de la dans la cuvetle, et eloigner ainsi une cause d’insalubrite. Apres plusieurs essais, je m’en suis tenu definitivement & l’emploi de petites bandes de papier bitum6 dontje fais recouvrir entierement, dans son tiers moyen, chaque lame de bois, et que 1'on fixe en des- sous avec de tres-petites pointes (1),

(1) On obtient le meme rdsultat en remplagaat la partie

UN LIT DB GATEUX. 87

Inutile, je pense, de faire remarquer que les sommiers a ressorts ou a lames metalliques sont ici inapplicables.

Les avantages hygieniques de ces lits sont palpables : toutes les pibces eu sont legeres et mobiles, ne demandent qu’un instant pour btre enlevees, secouees, battues et net- toyees de fond en comble. L’air n’est pas confine entre les plans superposes des appareils, il circule amplement entre le fond et le sommier ; et dans ce vide de 20 centimetres de hauteur qui repond a toute l’aire du lit, on pent pla¬ cer, aubesoin,des chlorures, des substances desinfectantes, despoudres insectifuges, des plantes aromatiques, etc. L’b- lasticite ne laisse rien a desirer ; le rnalade est porte molle- ment; et les matelas parfaitement maintenus en place, njais independants les uns des autres, se prbtent a tons le? nipu- vements du corps.

Au point deyue eeonomique, ils me semblCBt 1'emporter sur tout' autre system®, Le sommier Tucfcec e§J; fi’un ppix peu eleve, H a L8 fr., suiyant les dimensions ; c’est une d.e- pense, une fois faite, qui est bien vite compeiisee par la suppression des neuf-dixieines depaille, feuilles de mais, zostere, qui garnissent ordinairement les boites de gbteux. La laine et le crin, composant les matelas superieurs, peu- vent btre empruntes a des matelas quiontdeja servi et qn’il s'agit de refaire ; le tj.ssu enveloppant peut btre coupe dans des toiles hors d’ usage, dans lesquelles il ,est topjours facile de tajller des morceaux sul'Bsants pour ces matelas lilliputiens. Si le centre du lit est garni de zostere, il sJen trouye si peu (on peut d’ailleurs mettre une couche de faille e,n dessoi^s), que la depense pour la laver et la faire secher devient a peu pres insignifiante; tandis que dans d’ autres conditions, cette depense est loin d’btre minime ; sans compter que rien ne me seroble plus problematique que le lavage parfait et le sechage exact de cette substance par fortes masses.

moyenne des 3 a 4 lames mbdianes. du sommier, sur .une Lon¬ gueur de 30 a 40 centimetres, par d,u til de fer galvanise. L. L.

88

DN LIT DE GATEUX.

En terminant cet article qui a pris plus d’extension que je ne l’avais suppose en le commencant, je m’empresse de declarer que je n’ai pas la pretention d’avoir annonce une decouverte. Assurement, ilya dans mon expose beaucoup de details qui sont parfaitement connus ; raaintes pieces de mon appareil se relrouveraient sans doute, celles-ci dans telle maison hospital iere, celles-lh dans telle autre; plus d’un de mes confreres a pu adopter un precede qu’il croit probablement egal et me me superieur au mien sur quelques points, etc. Neanmoins, l’ensemble et l’agencemenl du tout m'ayant coute une etude assez longue, m’ayaut donne des resultats parfaitement concluants et sanctionnes par une experience de plusieurs annees, ayant surtout fixe l’atten- tion d’hommes competents et qui ont juge par comparaison, j’ai lieu de penser que l’expose et les considerations qui pre¬ cedent pourraient rendre service a cette partie nombreuse de la population de nos asiles qui, pour en fetre la plus triste etla plus f&cheuse, n’en est pas la moins digne d’in- t6r£t et de commiseration.

Dimensions d'un lit d’adulte pour gateux ( couche en fer, forme d’auge).

Hauteur des pied . . 0 20

Vide, par consequent, enlre le plancher de la salle et le dessous du lit ou se trouve fix£e la cuvette (0 m. 20). *

Vide du lit, pris en dedans des cloisons mobiles en bois formant auge :

Largeur . ' . . 0 70

Hauteur ou profondeur . . 0 85

Longueur . de 1 m. 80 a 1 95

Hauteur du sommier Tucker . 0 20

Hauteur des deux malelas rdunis, soit a la lete, soit aux

pieds (0 m. 12chacun) . . . 0 24

Longueur de chacun des matelas : le tiers de celle de la longueur du lit.

Largeur des inatelas : celle du lit (0 m. 70).

Parlies du lit en forme un peu renvers^e surmontant la partie supdricure de l’auge :

A la tfite du lit . . 022

Au pied . 0 4 3

SOCIETES SAVANTES

Soci6t6 m6dico-psychologique.

SfiANCE DU 25 OCTOBBE 4869.

Prdsidence de M. Constans.

Le proces-verbal de la seance prdcddente est lu et adoptfi.

M. le President annonce ala Socidtd que, depuis sa derni&re seance, elle a eu le malheur de perdre M. le Dr Cerise, l’un de ses fondaleurs et de ses anciens presidents, qui dlait en merrie temps l’un des dditeurs des Annales mediCo-psycholo- giques, journal oil sont publics les actes de la Socidtd.

M. le Secretaire general dit, a cette occasion, que. la Socidtd a die reprdseniee, aux funerailles de M. Cerise, par un grand Dombre de ses membres et qu’un discours a ete prononce en son nom par M. le Dr Morel, colligue et ami personnel du ddfunl.

M. le President se demande s’il ne serait pas convenable de lire, en outre, devant la Socidtd, a une dpoque qu’il s’agirait de determiner ulierieuremcnt, un dloge ou une notice biogra- phique sur le membre eminent qu’elle vient de perdre.

Diffdrents membfes prennent la parole pour rappeler les pre¬ cedents, invoquer l’exemple de ce qui se passe dans les autres socidtes : plusieurs exprimenl l’avis qu’il conviendrait que les notices de ce genre fussent lues dans la seance du m'ois d’avril, seance dans laquelle il a ddja ete decide, le 20 juillet dernier, que seraient ddcernds les prix de la Socidtd.

A la suite de ces diffdrenles communications, MM. Lasdgue, Lunier et Loiseau formulent la proposition suivante :

Cbaque amide, a la sdance du mois d’avril, le Secretaire gdndral lira une notice biographique sur cbacun des membres de la Socidtd ddcddds dans le courant de i’annde prdcedenle.

Cette proposition est mise aux voix et adoptee.

90

SOCltfTE MfiDICO-PSYCHOLOGIQTJE.

Correspondance.

La correspoodanpe comprend :

La lettre suivanle de M. Morel.

Rouen, le 23 oct. 1869.

Monsieur le President,

J’ai I’honnelir d’adresspr a la Sopjdld mddiporpsychplogique mon mdmoire sur l’affaire du sdminariste Jeanson. Ce travail renferme aussi la consultation de M. le docteur Jules Falret, ainsi que les adhdsions de nos honorables confreres MM. les docteurs Lascsgue. Bqhier. Brierre de Boismont et Dumesnil.

Apres la conflrmation du jugement de la cour de Nancy par celle de Metz, je qe puis que laisser a l’ppipjpn publique le soin de se prenoncer sur le genre d’insanitd de Jeanson.

Je deis cependant, au cas ou PUP discussing s’pjjjgageruit a r.e sujet a la Socid(d mddicp^psycbpipgique, jajrp jjnp dpuble reserve .

Jeanson 3 cojitr&irement a l’opinipn qpe j’pj entepdu dmettre par des personnes du ntpude, fi’est nullerpent p6de- raste. L’accusation, elle aussi, ayait ^putenu cette tl)£orie qn’glle a dP abandonnpr dpyanj. Ips preuve.s les pigs pdrpmplpirpS du fqit cputraire.

Ed classanL Jeuns.pn parmi les iristfjictifs par /lere.dife, je creis pipe dans le yrgi, pt, jpalgrd le bfillant Jravnjl publid par le Journal de medecine meniale, je ne puis suivre mon confrere et aipi M- le Pr Delasiagye §ur le terrain 4e Ip pspudo-rnonomanie.

J’ai lieu dp croire que les nragistrats gpraient encore plus bpstiles a celle designation qu’a celle /die monojnanie.

Je m’en rdfere sous ce rapport apx opinions de mes bono- rablps cpliegu.es de la Socidtd mddicp-psyBbolpgique,

Dang ritnpossibilitd pu je suis de me repjjre it la stance du 25 pptobre, je charge M- le docteur Jules Falret d’etre l’inter- pr&te de ma maniere dp yoir a propop de l’acte d’assassinat com mis par Jeanson.

J’ai l’honneur d’etre avec une rpspectueuse consideration, monsieur le President,

Votce tres-humble.pt :lrpg(-obdissant sepyjleur pt .cpofi'lrp,

^lOREL.

AprSs la lecture de cette lettre, M. Jules Falret ddpose sur le bureau une brochure conlenant la consultation mddico-ldgale

SEANCE do 25 OCTOBUE 1869. . 91

de M. Morel, le rapport de M. J- Falret et les lettres approba- tives de plusieurs rnembres de la Socidtd de mddecine Idgale .

II ajoute qu’il avait espdrd pouvpir compldter l’ensemble des pieces relatives a cette alfaire, en ddposant eu me me temps le rapport des premiers experts, MM. Bonnet et Bulard, dont les conclusions dtaient diffdrentps ; mais n’ayant pas encore regu ce rapport, il est obligd d’en reinettre le ddpot ii une sdance ultdrieure.

Presentations.

M- Jules Falret prdsente un travail sur les legislations etran- geres sur les aliines et sur les reformes proposees a, la 1(4 dp 1838, travail publid par lixi dans le dernier numdro des Archives g&nirales de medecine .

M. Motet prdsente de la part de M. le Dr Petit, de Nantes, membre correspondent de la Socidtd, un travail intituld : Com¬ munication sur la loi du 30 juin 1838, extrait du Journal de midecine de l’ Quest.

M'. Fovjlle prdsente :

Un rndmoire intituld : Etude elinique et physiologique sur la mart instantanee causie par le passage de matieres alimmtqires en oq ie de digestion , de Vestomac dans les voies aeriennes, extrait des Archives generates de medecine. Juillet 1869.

Les articles Delire et Demence, exlraits du XI* volume du Nouveau Dictionnaire de medecine et de chimrgie pratiques.

M. Brierre de Boismont prdsente, de la part de leurs auteurs, les brochures italiennes suivantes :

Miraglia. De l’administration des Manicfimes.

Cardona. Hospice provincial de San Benedetto.

Apergu ndcrologique sur Benedetto Monti,

A cette occasion, M. le prdsident prie M. Brierrede Boismonl de lire, dans une sdance ultdrieure, une notice sur M. Monti, qui dlait membre associd de la Soeield.

Communication relative au prix Aubanel.

M. Legrand du Saulle : Messieurs, j'ai l’honneur de vous prd- senter l’acte nolarid ddtinitif par lequel Mme veuve Aubanel a fait don a la Socidtd mddico - psych ologique d’une somme de 1 6,000 francs, conformdment au ddsir exprimd par son mari le Dr Aubanel, mddecin en chef de l’asile de Marseille.

Apres raccomplissement de toutes Jes formali.tds voulues en papcil cas, e.t eq v.ertp des popoirg qui m’o»t did doqnds par la

92 80CIBTE MEDICO-PSYCHOLOGIQ0E.

Socidtd dans la seance du 26 juillet dernier, j’ai touchd eette somme rdduito a celle de 14,148 francs par les frais d’acte et d’enregislrement, et je l’ai versde, ce matin meme, ala caisse des cl (spots et consignations.

Je vais enlamer de suite les demarches ndcessaires pour saisir de celte affaire le ministere de l’instruction publique et le consoil d’Etat, et pour obtenir le ddcret imperial autorisant la Socidtd a accepter ce legs.

Apres la communication de cet acte, M. le^Prdsident se fait l’inlerprSte de la vive reconnaissance de la Socidtd pour la gd- ndrositd avec laquelle Mrae veuve Aubanel a bien voulu lui faire un don aussi important, sur un simple vceu de son mari, voeu qui n’dtait revelu d’aucun caracLfire Idgal. II exprime la conflance que le mdrile des travaux auxqucls sera ddcernd dans l’avenir le prix Aubanel, repondra aux intentions de cet ancien colldgue el justifiera la libdralild de la donatrice.

La Socidtd tout enlidre s’unit ii l’expression de ces senti¬ ments et, sur la proposition de M. Billod, eile vote des remerci- ment a M. Legrand de Saulle pour le ddvouement et la persd- vdrance qu’il n’a cessd 'de ddployer depuis7 ans, dans les ddmarches et la correspondance ndcessitdes par cette impor- tante affaire.

Rapport de candidature.

M. Brierre de Boismont lit le rapport suivant sur la candida¬ ture de M Cardona, mddecin de l’asile de Pesaro, en Italie, au titre de membre assoeid dtranger.

Mdssieurs,

M. le docleur F. Cardona est encore une de ces victimes des administralions provinciales, qui rdgissent les asiles d’alid- nds de l’ltalie. Vous n’avez pas oublid 1'injustice comtnise a l’dgard de l’dminent professeur B. Monti, qui n’avait pas voulu se soumetlre aux exigences mddicales des aministra- teurs civils du manicume de Boulogne. Le renvoi de M. Cor- dona, du manic&me d’Ancone, est un nouvel exemple de la triste condition faile aux mddecins alidnistes de ce pays, si utile a la science, a la lilldrature, aux beaux-arts. Nous avons plus d'une fois protestd contre ces ddplorables procddds, no- tammenl dans la brochure sur les dtablissemenls d’alidnds, prdsentde par le docteur Luigi Casati, de Fano, au parlement de Turin. Nous ne pouvons que nous associer aux justes re-

STANCE DU 25 OCTOBRE 1869. 93

clamations de nos confreres sur l’ulilild d’une loi gdndrale pour toufe 1’Italie.

I.e mddecin, dont nous allons' vous exposer les titres, a succddd a 1’excellent docleur, G. Girolami, mddecin en chef du manicOmc de I’esaro, el aujourd’liui mddecin. de celui de Santa Maria della PietA a Rome. Les travaux qu’il aenvoyds pour sa candidature au titre de membre associd dtranger de ia Societd mddico-phychologique de Paris, sont au nombre de quatre : des maladies contagieuses comparees ; de la physionomie ; Visiles a quelques manicdmes ; Compte rendu quaternaire du mani- n&med'Ancme.

L’auteur ddcrit a grands trails la pestc, laiidvre jaune, le choldra-morbus et, le typhus pdtdchial, en tenant compte des ouvrages italiens, de ceux des dlrangers el de ses propres observations. Nous avons Iu dans son travail quelques pages fort intdressantes de la peste d’Athenes parThucydide. Un passage que nous emprunlons au comle Baldassero Castiglione, genlilhomme Mantouan, le protecteur, 1’ami de Raphael, de Jules Romain, et l’auteur de Cortigiano , livre qui l’a mis au rang des moralistes, donnera uneidde de ce qu’dtaient, a celte dpoque, ces terribles fldaux: « Je suis en bonne suntd, dcrit de Rome 1’ambassadeur du marquis de Mantoue a samere, le 1 2 aout 1 522, mais en rdalitd, la peste fait ici de grands ravages. Le malheur esl que presque tous ceux qui tomjient malades sont abandonnds. Je crois qu’il est parti plus de 40,000 per- sonnes. Ce qui ferail couler les larmes, chdre Anna, ce sont de petits enfants . tout nus qui vont processionnellement, se frappant, criant misdricorde et disant: Seigneur, ayez pitid de votre peuple! Les prieresde ces innocents dmeuvent beaucoup les hommes, puissent-elles dgalement toucher Dieu el parer les coups de sa justice (1) I »

Apres avoir ddcrit el compard ces quatre maladies dpiddmi- ques,M. Cardona rdsume ainsi son mdmoire : Toutes les maladies infectieuses, a ldur ddbut, prdsentent des symptomes conlra- dictoires, et toutes, aprds un espace de temps assez court, dd- posent sur la peau leurs signes caractdristiques; toutes peu- vent parcourir trois pdriodes tres-distinctes, auxquelles, si le maladedoit mourir,'succede rabatlement ou la congestion

(1) Eistoire des plus ceUbres amateurs italiens et de leurs rela¬ tions avec les artistes, par M. J. Dumesnil. Debats, 12 juillet

1809.

94 SOCtEtt! MEMCO-l'SYCHOLO&t Qtrtt .

veritable. En cas de terthinaison heureuse,la convalescence est longue et pleinede pdrils. Toutes entrainent un pronostic fsl- cbeux, soit parce qu’elles ne sont pas proprement critiques, mais irritatives, protdiform.es et instantandes dans leur choc, soit parce qu’elles n’admettent aucun spdcifique. Toutes ont sujettes a rdcidives. Toutes, aprfis leur dvolutiOn, laissent derriere elles de tres-graves ldsions dans les Visc&res.

Le point capital, en outre, est que ces maladies naissent d’une cause spdcifique.se transmettent par ^contagion, prd“ sentent des altdrations de texture, des dpanchements san- guins sans couche librineuse, tendent a la forme mixte oU nervoso-bumorale et ne permettent au mddecin observateur etphilosophe d’autre traitement que celui des symptumes.

Le second travail de M. Cardona est un volume sur la phy- sionomie humaine. Peu d’hommes sont plus aples que les md- decins, ft parler en connaissance de cause, de l’expression dti visage. Spectateurs attentifs des impressions . accidentelles, produites par les dmotions, des signes durables laissds par les passions, des traits inddldbiles gravds par les souffrances, il n’est point de secrets pour eux, et ce n’est pa* une des moindres causes des attaques dirigdes contre eux dans tous les temps. . L’dlude de la physiognomonie est aussi ancienne que les socidtds humaines. Aristote l’apprenait a Alexandre et l’engageait ane jamais choisir ses serviteurs, avantd’avoir exa¬ mine leur figure. Au seizidme siecle, J. B. Porta, savant na- politain, qui inventa la ehambre noire, bcrivait sur ce siijet un traitdrestd longtemps classique.

A la renaissance, la science des rdvdlalions de l’ame par le visage a brilld d’.un vif dclat, sous 1’inspiration des grands mattres de l’ltalie. Dans cette conlrde privildgide, dlt notre excellent et regreltd collegue Cerise, rendanl compte d’une maniere remarquable de l’ouvrage de M. Duchenne, de Bou¬ logne, l’anatomie n’dtait pas seulement honorde par des prd- fesseurs d’universitds illustres, mais aussi sdrieusement dtu- dide par des artistes cdlebres ; Ldonard de Vinci et le Poussin enseignaient le mdcanisme anatomique des expressions de la face-(l).

(i) Mdcanisme de la physionomie humaine ou anahjse electro-phy- siotogique de V expression des passions , appliquie a la pratique des arts plastiqUes, par M. le'docteur Duchenne, de Boulogne) Journal des Debats, 23 aout 1863, analyse de M. le Dr Cerise,

seance ntr 25 octOBre 1869. 95

M. Cardona, aid6 d’iiiie immense erudition sur la mafifere, traite exciusiVement de l’ahalye des expressions, deS carac- teles, des emotions, dqs passions, des penchants. Son livre erhbrdsse qUatre points de vue : la physionomie dans le genre, 1’BspBbe, la miniqvte et l’dtatrdflexe ou sigttes secOndaires qiii peuvent 6clUirer cette etude. Les moralistes, les peinlres, les SCulpteufs, trouveront dans cel ouvrage d’importants etde curieui ‘documents, et ceux qui senlent ie besoih de voir au- ddla des surfaces consulteront AVec fruit le ehapitre de la physionomie dans I'espOce.

ie trdisifsnle opuscule, la visile aux manic&mes, nous replace siii’ noire teFraiu habitue!. Cardona, dans soli historique, parle d’un hopital de fous qui, suiVant le temoignage du doctetir Dreer, de Trieste, aurUit 616 cOnstfuil a Tolfide par Uh cardi¬ nal, vers la fin du dixiSme siecle; I’aUthenticite de cette date ne luiparait pas suffisamnient etablie. II est certain, dit-il, qtte l’ltalie deVancU les autres nations occideiitales dans refection de ces etablissemeUts ; Bergdme avdit son manicoiAe On 1352, sOus l’invocation de sdinte Madeleine. Le professeur Miraglia aflirme que, vers la fin de 1387, Florence p0ss6dait un ho¬ pital poUr les fous. Mantoue, en 1449, eotnptait tttt qUartier destine a onze furieux .

L ’auteur a pu se procurer dans la bibii0th5qUe nationale de Florence, un livre, intitule eouttintes des Turcs, imprim.6 eh 1548, qui djoute une page de plus al’histoire de la folie dans ee pays, dOUt notre collegue, M . le docteur Mongeri, in6de* cin en Chef de I’asile de Constantinople, nous a communique de-si interessants fragments (1).

Dans laville de Constantinople, raeonte Jean-Antoine Mena- vino, de Voltri, Fauteur dii livre des continues, le sultan Paixit (?) a fait eonstruire Uh batimeht, appeie tamaiuhMi , pour recBvoir les abends, afin qu'ils n’errent pas dans les rues, en s’abandonnattt a des aetesdesaisottnables. 11 ressem- ble a un hopital et contient cent cinquante gardions ; on y troUVe les medicaments et autres choses ndcessaires a cesma- lades. Les gardiens parcoUrent la cite d la recherche des fous,

(1) A. Brierre de Boismont, Support sur la candidature de M. le docteur Mongeri, mtdecin en chef de I’asile de Suleimanie , d Constantinople, aft litre de membre aSS0di5 etrahgerde la Soci6t6 medico-psychologique. (.Anna!, mid. psych., s6r., t. Vll, p. 69, 1866.)

96 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE.

et quand ils les renconlrent, ils les enchainent par le cou el les mains et les conduisenl au son des bAlons a 1’dtablissement. LA, on les atlacbe a l’aide d’une chaine, qui va du mur au lit et les tient tous lixds (cotnme le sont les galdriens aux bagnes). On les range en ordre, au nombre de quarante, et on les montre ainsi aux gens de la ville, qui viennent souve ntles vi¬ siter par parlie de plaisir. Les gardiens sunt constamment prSs d’eux avee leurs batons, car s’ils ne les surveillaient pas, ils ddtruiraient les lits et ddrangeraient les tables. Lorsque l’heure de manger el venue les gardiens passent dans les rangs, et quand ils apergoiventdes fous, qui se eonduisent mal, ils les battenl cruellement, tandis qu’ils ont assez de soin de ceux qui sont tranquilles. On peut encore lire, dans les notes de M. Cardona (p. 61), un paragraphe du docteur Baralla sur l’asile de Constantinople en 1840. Ce mddecin signale parmi les vdritables alidnds en liberty, une classe d’individus, qui meltant a profit l’engouement des Turcs pour ces malades, si- mulent la folie, afin de vivre sans bourse ddlier. Plusieurs, par leurs obscdnitds et leurs railleries mordanles, rappellent les an- ciens fous de cour.

M. Cardona d’dcrit ensuite 21 asiles italiens et Strangers, qu’il a, visitds. L’un deux, cclui de Sienne.a did dans le temps le sujet d’une protestation amicale du docteur Livi (1). II est aujourd’bui dans de bonnes conditions, et noire collegue,M. F. Axzurri, vient de nous faire connaitre, en meroe temps, les ame¬ liorations nouvelles introduites dans le manicome de Rome, et qui permettenla tous les malades valides de quitter l’asile pen¬ dant la journde pour travailler aux cbamps el en boutiques.

. 11 nous a prid dgalement d’annoncer a la Socidld l’annexion de la villa Gabrielli a la villa Barberini, et qu’on a disposd dans la nouvelle villa une ferme avec neuf vaches, boeufs et batiments pour les malades qui y resteront. On construit en ce moment un viaduc pour que les alidnds puissent se rendre du vieux manicome reslaurd a la colonie. 11 nous informe dans une autre leltre que le manicome de San Nicolo a Sienne aura aussi sa ferme agricole. Un autre asile dgalement visitd par M. Cardona, surlequel nous nous.dlendrons davanlage, est celui de Rio Janeiro, dlevd sur les ordrcs de l’empereur Pedro II

(t ) Del vecchio et del tiuovo Manieomio di San Nicold di Sienna ; lettera del medico eoprinleudente professore Carlo Livi al professor Filippo Cardona. Milano t86o.

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SEANCE DU 25 octobre'1869. et termini en 1848. II est situd en dehors de la ville et a la forme rectangulaire ; le bAtiment est a deux dtages; l’as- pect de cet asile est agrdable et sa position fort belle ; il se rapproche pour la construction des meilleurs quartiers de Charenton. Au 1" juillet 4888, le rapport du dooteur Barbosa, premier mddecin, constate qu’A cette dpoque, il y avait dans l’dtablissement 174 hommes . el 4 20 femmes, total 294. Du 4or juillet 4857 au 30 juin 1858, il dtait entrd 450 hommes et 62 femmes, total 242 ; 429 malades dtaient sortis (102 hommes et 27 femmes); 48 hommes et 22 femmes dtaient morts. Le mouvement gdndralavait dtd, pendant l’annde, de 500 indi- vidus. Au-dela de 300, il ii’dtait plus possible de recevoir de malades, ce qui obligeait a refuser un grand nombre de de- mandes.

Le docteur Barbosa, mddecin en chef, se plaint de la forte pro¬ portion d’alidnds paralytiques qui encombrent le manicome et de celui des dpilepliques; aussi, a raison de la quantity de chro- niques, propose-t-il de n’admellre queles curables et les dan- gereux ; il recommande les diverses especes de bains . L’aug- mentation des paralyses gdndraux doit elre notde, a cause de l’opinion qui s’cst dtablie de leur raretd dans les pays chauds.

M. Barbosa a organisd beaucoup de mdticrs pour les hommes et pour les femmes et a choisi de prdfdrence les travaux qui concernenl la couture, les fausses fleurs, la fabri¬ cation du lin et le jardinage. Il y a trois mddecins atlacbds A rdtablissement, mais ils n’y rdsident pas, ce qui est .un inconvdnient pour une ville d’une tempdralure aussi chaude, et donit les distances sont dnormes.

Apres un examen sdrieux des vingt-qualre dtablissements, qu’il a visitds, M. Cardona se prononce pour le plan d'asile modele du docteur Miraglia ; les principaux dldments en ont did indiquds par Parchappe dans son ouvrage, mais le mddecin d’Aversa y a joint les perfectionnements suggdrds depuis par 1’expdrience. M. Cardona demand e que le manicome ressem- bleplus a unemaison de campagne qu’aun hopital ; l’adjonc- lion d’une colonie agricole, commd a Clermont, ou l’envoi de tous les malades tranquilles aux champs comme a Rome et A Pau, compldterait cette idde.

Le compte rendudu manicfime d’Ancone, de 4 861-4 864, estle dernier des travaux que noire confrere ait soumis A la socidtd. Nous laisserons de cotd les tribulations de toute espdce qui lui ont did suscitdes par 1’adminislration locale et l’ont obligd ansal. med. -psych. sdrie, t. in. Janvier 1870 . 7 . 7

98 SOGIETE MEDICO-I'SYCHOLOGIQUE.

a abandonner son posle, parce que nous en avons ddja dil quelques mots,et qu’elles ne sontque la rdpdlionde oes luttes que nous voyons surgir partout entre les surbordonnds qui sa- vent et les ignorants qui commandent. On a eu dernidrement un exemple du rdsullat de ces vexations, en apprenant qu’on avait demands en France un mddecin pour prendre le service d’un manicome italien. II esta craiadre quele ddcouragement ne gagne nos confreres d’ltalie, si la lot qu’ils sollicitent tous se fait Irop attendre. Nous avons rdcemment appris que le docleur Miraglia avail dte obligd de s’dloignerdel’asiled’Aversa.

La fondalion de 1'asile d’Ancone dale de 1748; elle est due au Pape Benoit -XIV. En 4818, les rdligieux Fate ben Fralelli se chargerent du traitemenl de vingt alidads, probablement dan- gereux et incurables, au prix annuel de 2640 lires. Cet dta- blissement, situd au milieu de la ville, reprdsente un triangle irrdgulier et dtroit ; il manque d’espaee el d’air, aussi les ma- lades sonl-ils les sur les autres ; tout Ce qu’on a pu faire, e’est d’isoler les furieux. Entourdde maisons, qui le dominent, et avec lesquelles il est presque en communication, on y entend tous les bruits de la rue-. Les promenades sont nulies, les cours fort petites, et pour empdcher les deux sexes de se voir; il a fallu placer des jalousies aux eroisdes. G’est par sa situa¬ tion, un des plus tnauVais manicomes de 1’Italie, quoiqu’on y ait introduit des amdliorations. Le mddecin au cou rant du traitementdes alidads, peutseul amoindeir de pareils obstacles, eomme y dtaient parvenus MM. Monti, Ronoali et >Zani dans le manicome de Santa Orsola a Bologue.

Le mouvement de 1’asile, pendant les 4 ans que M. Cardona l’a dirigd, a dtd de 317 entrees <(488 hommes, 4 28 femmes) ; de 202 sorties (!33 hommes, 70 femmes)., dont 133 gudrisons; de 70 amdliorations, et de 64 morls(36 hommes, el 28 femmes). Les rdeidives se sent dievdes a 49 (29 hommes, 20 femmes)- L’dtat, civil s’est composd de 4S9 edlibataires (401 hommes 58 femmes,), de 432 marides (82 Hommes, 50 femmes) et de 26 veufs(6 hommes, -20 femmes), en tout 31 7.

Les causes oat did aussi rdparties * causes physiques 78 (49 hommes, 29 femmes), morales 4 01 (49 hommes, 52 femmes)*, mixtes 62 (36 hommes, 26 femmes), inconnues 76,

( 53 hommes, 24 femmes) ; la proportion des gudrisons a dtd de 44 , 95 pour 400 et ©ellede la mortalitd de 20yl6 pour 100.

■L’ observation n’embrassant que qliatre anndes, et se limh- tantfa 31 7-iadividus, ne pouvai'tfoumir a 1’auteur ties dvaluationS

SEAMCfl MJ 13 N.OVEMBP.B 1869. 99

ddcisives; ses tableaux bien faits conliennent cependant des renseignements et des points de cpmparaison utiles. Si sa lutte avec radminislration ne l’avait pas arretd, il nous aura.it in- eonlestablement donnd de ces pratiques compte-rendus que nous iisons efcaque annde dans les journaux anglais, am€- rieains aliemands et italiens.

Les quatre travaux, dontnous venons de vousfaire l’analyse nous paraissent mdriter ires suffrages. Nous avtms I’bonneui de vous proposer M. le docteur F. Cardona pour la place de membre associd diranger de la Socidtd mddieo-psyehologique .

A la suite de la lecture de ce rapport, les conclusionsensont mises aux voix.

M. le docteur Cardona, ayant rduni J’unanimitd des suffrages, est proclamd menabre associd (stranger de la Socidld mddico- psychologique.

La seance est levde a cinq hep res trois quarts.

SEANCE DU 15 NOVEMBRE 1869,

Prdsidence de M. Briebre de Boismont,

M. Constans, president, ayant fait informer la Spcidtd qu'il dtait absent de Paris, pour affaire de service, .et M le prefes- seur Lasegue, yice-prdsident , dtant retenu par son e.ours, M. Brierre de Boismont, Tun des anciens presidents, prend le fauteuil. -

Le proces-verbal de la sdance precddente est lu et adopts A l’occasion du ■proces-verbal, M. Lower demande a la So- cidld s’il ne serait pas a prop.os de nommer une Commission chargde d'dtudier les conditions .auxquelles deyra dire sounds le concours pour le prix Aubanel.

M. Legrand du Sauule fait remarquer que la question n’fist pas'.encore assez avancde po*ur cela. Le ddcret qui autoriser.a la Socidld a accepter la donation de Jlme A.ubenel n’est pas rendu, et ii ne le sera probablement pas ayant plusieurs mois. Ensuite, il faudra